L’effet protecteur d’une alimentation saine contre la dépression

  • Lassale C & al.
  • Mol Psychiatry
  • 26 sept. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les résultats de cette revue de la littérature suggèrent qu’il existe une association robuste entre une adhésion forte à mode d’alimentation sain, en particulier proche du régime méditerranéen, et l’éviction des aliments pro-inflammatoires d’une part, et une réduction du risque de dépression d’autre part. Selon les auteurs, ces résultats constituent un argument supplémentaire en faveur de l’implication du microbiote et de l’axe intestin-cerveau en neuropsychiatrie, et de sa possible modulation par l’alimentation.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

La dépression reste le trouble psychiatrique dont le coût humain et sociétal est le plus élevé en Europe. Et les traitements conventionnels ne sont efficaces que dans environ un tiers des cas, d’où l’intérêt d’agir sur les facteurs modifiables susceptibles de prévenir ou de réduire la sévérité de ces troubles. Une revue systématique de la littérature a rassemblé les données des études ayant analysé les liens entre alimentation et dépression, afin de contribuer à l’établissement de futures recommandations et à une meilleure prise en charge nutritionnelle des patients dépressifs. 

Rechercher le lien entre alimentation et dépression

Toutes les études observationnelles ayant examiné le lien entre alimentation et diagnostic de dépression ou présence de symptômes dépressifs selon des échelles validées ont été recherchées. Quarante et une études ont finalement été retenues (20 longitudinales et 21 transversales), dont 6 études de cohorte françaises. La plupart d’entre elles ont été conduite dans des pays à hauts revenus à partir de sujets en bonne santé. L’étude du régime alimentaire des participants reposait sur des échelles variées comme l’adhésion au régime méditerranéen (10 études), l’indice d’alimentation saine (Healthy Eating Index ou HEI) ou l’alternative HEI (7 études), une approche diététique pour prévenir l’hypertension (Dietary Approche to Stop Hypertension, DASH) (4 études), l’indice inflammatoire alimentaire (Dietary Inflammatory Index, DII) (9 études), ou d’autres mesures comme l’adhésion aux recommandations alimentaires nationales. Dans ces différentes échelles, des scores élevés correspondaient à une consommation importante de fruits, de légumes et de noix, à une réduction des aliments pro-inflammatoires comme la viande et les acides gras trans, ainsi qu’à une consommation modérée d’alcool.

Une association inverse entre adhésion à une alimentation saine et risque de dépression

Selon les données de 4 études longitudinales, les sujets qui avaient une meilleure adhésion au régime méditerranéen avaient aussi le risque de dépression le plus bas, avec un risque relatif de 0,67 [0,55-0,82] par rapport à ceux qui étaient moins observants. Les résultats étaient cependant moins nets dans les études transversales.

Au regard de l’indice inflammatoire alimentaire (DII), 7 études longitudinales et 6 études transversales ont observé une association inverse avec le risque de dépression (HR 0,76 [0,63-0,92] et 0,64 [0,45-0,91]), malgré une hétérogénéité importante des résultats entre hommes et femmes.

Un risque de dépression réduit a également été retrouvé chez les sujets disposant d’un indice d’alimentation saine élevé (HEI ou AHEI), par rapport à ceux affichant un indice bas (OR 0,65 [0,50-0,84]), dans les études transversales (n=4), comme dans les études longitudinales (n=3), mais avec une plus forte hétérogénéité.

Une même tendance a pu être observée avec l’indice DASH, HEI, et d’autres indices, mais le faible nombre d’études n’a pas permis de conclure.

Limitation

Hétérogénéité des outils d’évaluation de l’alimentation (questionnaires pour la plupart) et des critères de dépression utilisés (diagnostic clinique, rapporté, utilisation d’antidépresseurs, symptômes dépressifs, etc.).