L’effet des prébiotiques : bien au-delà du microbiote intestinal

  • Brochot A & al.
  • Mol Nutr Food Res
  • 17 juin 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Un traitement de deux semaines à base d’extraits végétaux prébiotiques, Porphyra umbilicalis (Pum) et Melissa officinalis L. (Mel) ou Emblica officinalis Gaertn (Eof),modifie le microbiote intestinal, la production d’acides gras à chaîne courte, notamment de propionate pour Pum et Mel, dans un modèle de souris obèses avec dysbiose intestinale.
  • Les marqueurs du métabolisme lipidique, avec en particulier une baisse des triglycérides plasmatiques pour Pum et augmentation des acides gras libres pour les faibles doses d’Eof, ont été modifiés.

 

Les répercussions de la dysbiose (ou déséquilibre des populations du microbiote intestinal) ne sont pas seulement digestives. On sait aujourd’hui qu’elles sont impliquées dans des pathologies comme le diabète ou l’obésité. Les prébiotiques sont définis par l’International Scientific Association for Probiotics and Prebiotics (ISAPP) comme des substances sélectivement utilisées par les micro-organismes de l’hôte et conférant un bénéfice pour la santé. Ils ont apporté la preuve de leur efficacité pour réguler la dysbiose intestinale, mais leurs effets sur le métabolome intestinal, la production d’acides gras à chaîne courte, ainsi que sur le métabolisme glucidique et lipidique restaient à préciser.

Évaluation de l’effet prébiotique d’extraits végétaux

Deux études indépendantes ont été conduites pour évaluer les propriétés probiotiques d’extraits de plantes chez des souris obèses (ob/ob), ces souris étant un modèle à la fois de dysbiose du microbiote intestinal et de maladie métabolique. La première étude a évalué des extraits de Pum, une plante riche en fibres, minéraux et en anti-oxydants, et de Mel qui possède différents effets pharmacologiques (anxiolytique, antispasmodique…) et la seconde de faibles (Eof-L) et de fortes (Eof-H) doses d’extraits d’Emblica officinalis Gaertn dont les fruits sont riches en vitamines C et en anti-oxydants. L’effet de ces extraits sur le microbiote intestinal a été évalué à l’inclusion et après 2 semaines de traitement, ainsi que leur impact sur le métabolome cæcal et les métabolismes des lipides et du glucose.

Les populations du microbiote intestinal modifiées

L’administration  d’extraits de plantes Pum et Mel ont modifié le microbiote intestinal en seulement 2 semaines. Pum a augmenté de façon significative certaines populations microbiennes (GammaproteobacteriaEnterobacteriaceae etPorphyromonadaceae) et a au contraire réduit l’abondance d’autres types de bactéries appartenant à l’ordre des coriobactéries, diminuant globalement l’indice de diversité (Chao-1). Mel a augmenté de façon significative les populations bactériennes appartenant à la famille des Porphyromonadaceae en accroissant l’indice de diversité. 

Des modifications du métabolome cæcal et des marqueurs lipidiques plasmatiques

Pum et Mel ont aussi entraîné des modifications du métabolome cæcal chez les souris traitées par rapport au souris contrôles, avec pour conséquences une modification de la production d’acides gras à chaîne courte : des niveaux plus élevés de propionate, d’acétate et de glutamate pour Pum et des niveaux plus élevés de butyrate, de propionate et d’éthanol, et moins de production de lactate pour Mel. Dans le cas de Eof-H, les niveaux d’acétate et d’éthanol étaient augmentés par rapport aux souris contrôles, tandis que les faibles doses n’avaient pas d’effet. Les extraits de Pum et les faibles doses d’Eof ont aussi affecté de façon significative les marqueurs plasmatiques lipidiques : respectivement diminution des triglycérides TG et augmentation des acides gras libres.

La tolérance au glucose et à l’insuline, ainsi que le poids corporel n’ont pas été impactés, mais une modification de l’expression génique spécifique de l’extrait considéré a été observée dans le tissu adipeux blanc et dans le foie.