L’effet anti-inflammatoire du roflumilast décrypté

  • Rabe KF & al.
  • Lancet Respir Med
  • 14 sept. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

L’étude a exploré le mécanisme inflammatoire du roflumilast en observant son effet sur biopsies bronchiques et expectorations provoquées après 16 semaines de traitement. Si le nombre de lymphocytes cytotoxiques CD8 ne semble pas être affecté, le nombre d’éosinophiles est en revanche significativement réduit, avec une bonne corrélation entre biopsies bronchiques et échantillons d’expectorations provoquées, ce qui pourrait expliquer l’effet anti-inflammatoire. Les autres marqueurs de l’inflammation bronchique et les éosinophiles du sang périphérique ne semblent pas modifiés. L’impact de cette réduction sur le plan clinique nécessite maintenant d’être davantage exploré.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Les patients souffrant de BPCO présentent une inflammation bronchopulmonaire qui se traduit par une augmentation du nombre de cellules immunitaires dans les voies aériennes : lymphocytes T CD8, neutrophiles, monocytes, macrophages. Une augmentation des éosinophiles est également observée chez environ 20% des patients, en particulier en cas de bronchite chronique ou d’exacerbation liées à des infections virales. Le roflumilast est un inhibiteur sélectif de la phosphodiestérase-4 (iPDE4) indiqué en complément du traitement bronchodilatateur dans la BPCO sévère associée à une bronchite chronique chez les patients adultes présentant des antécédents d’exacerbations répétées (1). Si son effet anti-inflammatoire est bien établi, son mode d’action reste mal compris. L’étude ROBERT (ROflumilast Biopsy European Research Trial) s’est donc donné pour objectif de décrypter ce mécanisme à partir de biopsies de patients atteints de BPCO modérée à sévère et de bronchite chronique.

Conception de l’étude

ROBERT est un essai randomisé de phase 3, multicentrique et réalisé en double aveugle, qui a recruté des sujets de 40 à 80 ans, fumeurs anciens ou actuels, atteints de BPCO depuis plus de 12 mois et présentant une toux chronique productive depuis au moins 3 mois. Pour être inclus, les participants devaient avoir un VEMS compris entre 30% et 80% et un rapport VEMS/CVF post-dose ≤70%. Les patients étaient répartis en deux groupes, l’un recevait du roflumilast 500µg, 1x/j, l’autre un placebo durant 16 semaines, en plus d’un bronchodilatateur. Les corticoïdes n’étaient pas autorisés.

Résultats

  • L’étude a inclus 158 participants, 79 dans le groupe roflumilast et autant dans le groupe placebo. Il s’agissait majoritairement d’homme (77%), d’âge moyen 63,2 ans, atteints d’une BPCO de stade II (78%).
  • À la 16semaine, l’évolution du nombre de lymphocytes CD8 depuis l’inclusion (critère principal) était similaire dans les deux groupes (rapport entre les groupes de traitement (TR) de 1,03 [IC95% : 0,82-1,30], p=0,79).
  • En revanche, le nombre d’éosinophiles observés dans les biopsies bronchiques était significativement réduit dans le groupe roflumilast vs placebo (TR 0,53 [0,34-0,82], p=0,0046). Il était également réduit dans les prélèvements d’expectorations provoquées, mais pas dans le sang périphérique.
  • Aucune différence n’a pu être mise en évidence entre les deux groupes concernant les autres types de cellule immunitaires (CD4, CD45, neutrophiles dans la sous-muqueuse bronchique ou CD8 et CD68 dans l’épithélium bronchique, une population cellulaire classiquement augmentée dans la BPCO).

Financement

Ces travaux ont été soutenus par les laboratoires Takeda et AstraZeneca.

 

1. Daxas. Avis de la commission de la transparence. HAS, 9 mai 2012. [En ligne] https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2012-06/daxas_09052012_avis_ct11681.pdf