L’échelle de temps est déterminante pour apprécier la trajectoire d’un épisode dépressif traité chez l’adolescent

  • Davies SE & al.
  • J Child Psychol Psychiatry
  • 24 oct. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

La trajectoire des symptômes dépressifs autodéclarés (autoquestionnaire MFQ) par les adolescents pris en charge par psychothérapie pour un épisode de dépression majeur a été analysée par une équipe anglaise. Elle montre, à partir du modèle statistique utilisé, que si le score s’améliore globalement pour tous durant les 18 premières semaines, deux groupes de sujets peuvent ensuite être identifiés : un groupe majoritaire de jeunes poursuivant l’amélioration clinique et un autre groupe, représentant environ 15% de la cohorte initiale, pour lequel la courbe s’inverse. À la fin de l’étude, le premier groupe présentaient en moyenne une amélioration de 60,5% des symptômes dépressifs, contre 11,0% parmi le second. Dans ce dernier, la proportion de filles était plus élevées (85% vs 73%). Peu de facteurs prédictifs ont pu être identifiés concernant le risque d’y appartenir : seul le nombre de comorbidités à l’inclusion est apparu déterminant. Les tentatives de suicide, les symptômes dépressifs, la nature du traitement reçu ou le score HoNOSCA (évaluant l’étendue des problèmes physiques, personnels et sociaux associés à la maladie mentale) ne constituaient pas des facteurs déterminants selon l’analyse multivariée.

La réponse au traitement sur les 18 premières semaines ne montre pas de différences majeures entre les deux groupes suggérant qu’une bonne et rapide réponse thérapeutique ne permet pas de présager de l’évolution à long terme. D’ailleurs, les auteurs rappellent que les données de la littérature mettent en garde contre un délai trop court d’évaluation de la réponse thérapeutique de la dépression. Les progrès cliniques peuvent aussi se poursuivre dans l’année suivant le traitement.

Cette étude a enfin rapproché le modèle de trajectoire établi de l’évolution de la réponse définie soit par une diminution de 50 % des symptômes, soit par un score inférieur MFQ à 27 (définissant la rémission clinique) : l’évolution de ce dernier dans le temps permet plus étroitement de coller aux courbes de trajectoires établies dans la première partie.

Enjeux de la dépression chez l’adolescent

L’adolescence est la période de la vie au cours de laquelle le risque d’incidence de la dépression est le plus élevé. Et près d’un adolescent sur cinq ne répond pas au traitement qui lui est prescrit (psychothérapie, antidépresseurs ou leur combinaison). Cette période est déterminante pour le devenir à long terme du jeune au cours de sa vie adulte.

Suivre la population des adolescents dépressifs permet de mieux identifier des groupes de sujets pour lesquels la trajectoire est similaire, afin d’en identifier les déterminants et d’en améliorer la prise en charge.

Méthodologie de l’étude, en bref

Ce travail a été mené à partir de la cohorte de l’étude IMPACT ( Improving Mood with Psychoanalytic and Cognitive Therapies ) constituée de 465 adolescents anglais âgés de 11 à 17 ans reçus dans un centre de santé du NHS pour épisode dépressif majeur. Au cours du suivi mené durant 86 semaines, les symptômes ont été évalués à plusieurs reprises (J0, S6, 12, 36, 52 et 86) par autoquestionnaire MFQ ( Mood and Feelings Questionnaire ). Celui-ci comporte 33 questions concernant les symptômes des 2 dernières semaines et il est coté entre 0 et 66 points, un score élevé indiquant une plus grande sévérité. Le modèle statistique utilisé était un modèle de mélange de croissance généralisée ( growth mixture modelling ) qui permet de traduire les trajectoires de groupes au cours du temps.