L’association entre santé respiratoire et risque de démence, à la lumière de 27 ans de suivi prospectif

  • Lutsey PL & al.
  • Am J Respir Crit Care Med
  • 15 nov. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Les adultes d’âge moyen auraient un risque supérieur de développer une démence ou des troubles cognitifs légers (TCL) lorsqu’ils présentent une pathologie pulmonaire obstructive et, a fortiori, restrictive. Ces conclusions, issues du suivi prospectif de plus de 14.000 patients à 23 ans d’intervalle, mettent en exergue que le risque concerne à la fois les démences de type Alzheimer et celles liées à une étiologie vasculaire et qu’il est indépendant du statut tabagique de l’individu.

  • Si ce travail ne permet pas de confirmer la causalité de l’association, il conforte de précédentes données de la littérature. Cette association pourrait reposer sur plusieurs mécanismes liés à l’hypoxémie (inflammation, stress oxydatif, rigidité artérielle…). De nouvelles études sont nécessaires pour explorer cet aspect et, devront, si elles sont concluantes, inciter à une meilleure prise en charge de la santé pulmonaire de la population en clinique comme en santé publique (qualité de l’air, lutte contre le tabac…).

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Des éléments de plus en plus nombreux suggèrent l’existence d’associations entre certaines pathologies respiratoires ou certaines mesures de l’EFR et la survenue de démence ou de TCL. La plupart sont issus de données rétrospectives, ou d’études focalisées sur une pathologie respiratoire précise. L’étude menée ici visait à apporter des données prospectives issues d’une cohorte importante, dont la santé pulmonaire avait été mesurée chez les adultes d’âge moyen, et ayant bénéficié d’un suivi de plus de 20 ans.

Méthodologie

  • Les patients de l’étude américaine ARIC (Atherosclerosis Risk in Communities) constituée en 1987-1989 (45-64 ans à l’inclusion) ont bénéficié d’un EFR et d’une évaluation de la santé pulmonaire à l’inclusion. Pour ce travail, le diagnostic de démence ou de TCL a été établi à partir de la codification des cas issus des hospitalisations ayant eu lieu depuis l’inclusion pour l’ensemble de la cohorte. Pour 5.889 sujets, le diagnostic a été basé sur les données de l’évaluation neurocognitive (étude NCS) organisée en 2011-2013.

  • Plusieurs modèles d’ajustement ont été développés dont un modèle basé sur les données démographiques (modèle 1) et un modèle comportant l’activité physique, l’IMC, les facteurs de risque et maladies cardiovasculaires et le génotype APOE (modèle 2).

Principaux résultats

  • Les 14.184 participants de l’étude ARIC (54,2 ans, 55,3% de femmes) ont bénéficié d’un suivi moyen de 23,0 ans. À l’inclusion, 17,6% présentaient une BPCO, 5,9% une pathologie respiratoire restrictive et 33,5% des symptômes respiratoires avec des résultats normaux de spirométrie. À l’issue du suivi, 1.407 diagnostics de démence ont été posés.

  • Sur l’ensemble de la cohorte, le risque de démence était plus élevé pour les sujets présentant une BPCO ou une pathologie respiratoire restrictive que pour ceux qui avaient une santé pulmonaire normale (HR 1,23 et 1,31 respectivement) selon l’analyse multivariée ajustée sur les données démographiques (modèle 1), mais ce résultat n’était plus significatif après ajustement plus complet (modèle 2).

  • Selon les seules données de l’évaluation neurocognitive réalisée en 2011-2013, les patients présentant une pathologie respiratoire restrictive présentaient un risque significatif de démence ou de TCL (OR ajusté selon le modèle 2 : 1,58 [1,14-2,19]) ou de chacune des deux pathologies prise isolément (1,16 [0,56-2,40] (NS) et 1,71 [1,23-2,38] respectivement), ainsi qu’un OR ajusté de 1,79 [1,24-2,58] et 1,60 [0,78-3,31] (NS) pour les troubles cognitifs liés à la maladie d’Alzheimer ou à une origine vasculaire, pour les patients présentant une BPCO.

  • Pour ceux présentant une BPCO, ces chiffres étaient de 1,33 [1,07-1,64] pour le risque de démence ou de TCL, 1,16 [0,74-1,82] et 1,40 [1,12-1,76] pour chacune des deux pathologies prises isolément, ainsi que 1,24 [0,97-1,60] et 1,33 [0,79-2,23] respectivement pour les troubles cognitifs liés à la maladie d’Alzheimer ou à une origine vasculaire.

  • Les résultats étaient comparables pour les patients fumeurs et les non fumeurs.

Principales limitations

  • Des patients ont été perdus de vue ou sont décédés au cours des 23 ans de suivi.

  • Ces données sont issues d’une seule évaluation de la fonction pulmonaire.