L’aspirine ARRIVE–t-elle ou non à démontrer un bénéfice en prévention cardiovasculaire primaire ?

  • Gaziano JM & al.
  • Lancet
  • 24 août 2018

  • de Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

L’utilisation de l’aspirine en prévention primaire des évènements cardiovasculaires reste un sujet fortement controversé. Chez des sujets présentant un risque modéré de coronaropathie à 10 ans, l’étude ARRIVE suggère que l’aspirine en prévention primaire ne diminuerait pas le risque de survenue d’un premier événement (critère composite principal d’évaluation : décès d’origine cardiovasculaire, IDM, angor instable, AVC ou accident ischémique transitoire (AIT)) . Par ailleurs, si l’incidence des évènements fatals n’était pas différente entre les deux groupes, les saignements gastro-intestinaux et les autres saignements mineurs étaient plus fréquents sous aspirine que sous placebo. 

Ces résultats ne soutiennent pas l’utilisation de l’aspirine en prévention primaire chez des sujets à risque modéré de coronaropathie à 10 ans. Le taux d’événements indésirables notifiés s’est révélé être plus faible qu’attendu, potentiellement du fait du profil de risque modéré des patients inclus.

Pourquoi cette étude est-elle été menée ?

Pour rappel, en prévention primaire du risque cardiovasculaire, la HASpréconise :

  • « En l’absence de diabète, une inhibition plaquettaire au long cours par aspirine seule (75-160 mg/j) lorsque le risque cardio-vasculaire est élevé (risque cardio-vasculaire fatal >5% calculé selon la table SCORE)."
  • " En cas de diabète, l’évaluation du risque cardiovasculaire repose entre autres sur l’équation du risque de l’UKPDS ».

Le rôle de l’aspirine en prévention primaire chez des sujets à risque cardiovasculaire modéré fait l’objet de nombreuses controverses à travers le monde depuis trente ans, du fait notamment du risque de saignement. C’est dans ce contexte que l’étude ARRIVE a été mise en place.

Méthodologie

ARRIVE est une étude internationale (7 pays), multicentrique, randomisée, menée en double-aveugle, contrôlée versus placebo.  Pour être inclus, les patients devaient avoir au moins 55 (pour les hommes) et 60 ans (pour les femmes) et avoir un risque cardiovasculaire jugé comme modéré (sur la base du nombre de facteurs de risque présents) et défini par un risque entre 10 et 20% sur l’échelle de risque de coronaropathie à 10 ans. Les facteurs de risque considérés pour ce calcul étaient un taux de cholestérol élevé sous traitement ou non (cholestérol total >200 mg/dL ou LDL-c >130 mg/dL pour les hommes et cholestérol total >240 mg/dL ou LDL-c >160 mg/dL pour les femmes), HDL-c 140 mmHg, ou traitement par anti-hypertenseur, tabagisme au cours des 12 derniers mois, antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire. Les patients ayant un risque de saignements élevé étaient exclus ainsi que les sujets diabétiques. Les patients étaient randomisés (1:1) pour recevoir une fois par jour, un comprimé gastro-résistant d’aspirine dosé à 100 mg ou un placebo. 

Principaux résultats

Entre 2007 et 2016, 12.546 patients ont été inclus dans l’étude et randomisés entre un groupe aspirine (n=6.270) ou un placebo (n=6.276). Le suivi moyen était de 60 mois. Au total, le critère composite principal d’évaluation est survenu chez 4,29% (n=269) des patients traités par aspirine et 4,48% (n=281) des sujets sous placebo. Ainsi, il n’y aurait pas de bénéfice à utiliser l’aspirine en prévention primaire chez ces patients (hazard ratio (HR) en intention de traiter (ITT) : 0,96 [0,81-1,13], p=0,6038).

L’incidence globale des effets indésirables liés au traitement était plus élevée sous aspirine que sous placebo (16,75% vs 13,54%, p

Financement

Étude financée par Bayer.