L’arythmie, cause potentielle de mort subite chez l’hémodialysé

  • Roy-Chaudhury P & al.
  • Kidney Int
  • 1 avr. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Les données recueillies chez 66 patients hémodialysés grâce à un moniteur cardiaque implantable durant 6 mois montrent que des arythmies cliniquement significatives surviennent chez 67% des sujets insuffisants rénaux traités par hémodialyse trois fois par semaine. Les enregistrements, analysés par semaine, montraient que leur survenue était plus fréquente durant la première séance hebdomadaire de dialyse puis à la fin des périodes séparant chaque séance. La majorité de ces évènements étaient des bradychardies et des asystoles, la tachycardie ventriculaire restant un évènement rare. Parallèlement, la fibrillation atriale, bien que ne répondant pas à la définition retenue de l’arythmie cliniquement significative, concernait 41% des patients, et survenait principalement au cours des séances de dialyse.
  • Comme l’ont montré de précédentes études, différents paramètres ont été identifiés comme pouvant ou non favoriser ces évènements. Ces pistes doivent être validées à partir d’un plus grand effectif, afin d’améliorer la puissance statistique de ces résultats. Elles constituent autant de pistes pouvant aider à comprendre les mécanismes à l’œuvre favorisant la mort subite des sujets hémodialysés.

Pourquoi est-ce important ?

La mort subite constitue une cause importante de mortalité chez les patients insuffisants rénaux traités par hémodialyse mais les mécanismes sous-jacents sont encore incomplètement décrits. L’utilisation de moniteur cardiaque implantable offre la possibilité d’enregistrer les anomalies ECG qui pourraient être impliqués. Par ailleurs, identifier les paramètres favorisants, qu’ils soient cliniques ou liés à la dialyse, offre l’opportunité d’adapter la prise en charge de ces patients.

Principaux résultats

  • Soixante-six sujets hémodialysés ont bénéficié d’une implantation de moniteur cardiaque (âge moyen 56 ans ; 70 % d’hommes ; 42% d’étiologie diabétique ; IMC moyen 29 kg/m² ; 49% de cardiopathies ischémiques ; 26% d’insuffisance cardiaque congestive et 14% de pontage coronarien).
  • Au total, 1.678 évènements d’arythmie cliniquement significative ont été enregistrés durant les 6 mois de l’étude, dont 1.461 bradychardies chez 13 patients, et 14 épisodes d’asystole chez 6 patients, tandis qu’une fibrillation atriale, bien que non cliniquement significative, était mise en évidence chez 41% des patients. Un seul évènement de tachycardie ventriculaire soutenu a été enregistré.
  • La chronologie des évènements ECG a montré que les arythmies cliniquement significatives survenaient principalement durant la première séance de dialyse de la semaine, et durant les phases inter-séances. Les bradycardies étaient plus fréquentes durant les heures précédant la séance suivante, tandis que les épisodes de fibrillation atriale étaient plus fréquents durant la séance de dialyse elle-même.
  • L’augmentation de l’âge ou la faible prise de poids entre les séances sont apparues comme des paramètres statistiquement associés à la survenue des arythmies.
  • Aucune association n’a été identifiée entre les données biologiques des patients et la fréquence des arythmies. L’analyse de sensibilité conduite à partir des concentrations d'électrolytes moyennées dans le temps, a mis en évidence un lien entre la fréquence des arythmies et les plus faibles concentrations d'albumine.
  • Les facteurs favorisant statistiquement les arythmies étaient la température de dialysat de 37°C ou plus (utilisée dans 94,0% des séances avec arythmies versus 87,0%), la concentration du dialysat en calcium de 2,5 mEq/L (72,4% contre 54,6%) et le non-recours à une modélisation du sodium (13,6% vs 7,4%).
  • Les épisodes d'asystole ou de bradycardie étaient moins fréquents les jours où les patients ne prenaient pas de bêtabloquants ou d’antagonistes calciques non dihydropyridiniques. Des tendances similaires à celles décrites précédemment (dialysat chaud, modélisation du sodium) ont été observées concernant ces évènements, et une natrémie pré-dialyse élevée leur était également associée (taux d’incidence 1,09 pour chaque 1 mEq/L supplémentaire, p=0,03). Deux autres associations étaient observées avec une concentration élevée en sodium post-dialyse et avec la concentration en dialysat de 2,5 mEq/L).

Méthodologie

L’étude a été conduite chez des sujets de plus de 21 ans suivant 3 séances hebdomadaires d’hémodialyse pour insuffisance rénale.

Limitations

Le faible effectif de la cohorte nécessite des études de confirmation.