L’alternative au bisphénol A pourrait s’avérer bien pire pour la santé !

  • Gayrard V & al.
  • Environ Health Perspect
  • 1 juil. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • À partir d’un modèle toxicocinétique basé sur les concentrations plasmatiques et urinaires, l’exposition systémique et la biodisponibilité du bisphénol S (BPS) ont été comparées à celles du bisphénol A (BPA).
  • Les résultats montrent que non seulement le BPS est beaucoup plus fortement absorbé au niveau intestinal, mais qu’il est aussi beaucoup moins métabolisé au niveau intestinal ou hépatique que le BPA, et que sa biodisponibilité par rapport à la dose orale absorbée est ainsi multipliée par 100.
  • La substitution du BPA par du BPS conduit donc à une très forte augmentation de l’exposition interne et pourrait donc avoir un effet perturbateur endocrinien bien plus important. Un résultat inattendu au regard de la proximité structurale des deux molécules.

 

Du fait de son rôle de perturbateur endocrinien, l’usage du bisphénol A a été limité dans tous les contenants susceptibles d’être au contact des aliments et largement remplacé par un analogue structural, le BPS). On l’utilise notamment aujourd’hui dans les revêtements internes des canettes et autres packs alimentaires. Des études in vitro et in vivo indiquent que le BPS a également une activité sur les récepteurs aux oestrogènes, même si elle paraît inférieure à celle du BPA, avec un effet sur le développement des organes de la reproduction montré chez l’animal. Il semble aussi s’accumuler davantage dans le tissu adipeux que son analogue. La communauté scientifique est donc en droit de s’interroger sur la sécurité du BPS comme alternative au BPA !

Comparaison de l’exposition systémique au BPA et au BPS

Le risque de perturbations endocriniennes étant dépendant de la toxicocinétique et notamment de la disponibilité orale et de la persistance systémique, une équipe toulousaine a étudié ces paramètres pour le BPA, le BPS et leurs métabolites glucuronoconjugués, après une injection intraveineuse ou une administration orale chez des porcelets. Un modèle toxicokinétique basé sur les concentrations plasmatiques et urinaires des différents composés a ensuite été construit à partir de ces données, afin d’identifier les déterminants de l’exposition interne suite à une prise orale.

Une exposition systémique multipliée par près de 300 avec le BPS

Après administration orale, et pour chaque dose de 1 mmol/kg de poids corporel, la concentration plasmatique maximale moyenne obtenue après 30 minutes pour le BPS (vs 1h pour le BPA) était 300 fois plus élevée que celle du BPA et restait détectable 3 fois plus longtemps. L’exposition systémique à une dose orale (aire sous la courbe) était en moyenne 262 fois supérieure à celle du BPA. En revanche, il n’y avait pas de différences significatives entre les métabolites glucuronydés du BPA et du BPS.

Une biodisponibilité 100 fois supérieure du BPS

Ces résultats peuvent s’expliquer d’une part parce que l’élimination plasmatique du BPS apparaît moins efficace que celle du BPA, avec une clairance 3,5 fois inférieure, la clairance rénale étant insignifiante au regard de la métabolisation hépatique. D’autre part parce que l’absorption intestinale du BPS est nettement supérieure à elle du BPA : 99% contre 76,6%. Et enfin parce que la presque totalité de la dose absorbée est glucuronydée par l’intestin (44% de la dose absorbée) ou le premier passage hépatique (53%) pour le BPA, contre seulement 41% de métabolisation hépatique pour le BPS. Il en résulte au final une fraction de la dose orale biodisponible de 57,4% pour le BPS contre seulement 0,5% pour le BPA.