L’alcoolisme, un problème fréquent et sous-diagnostiqué chez les sujets atteints de cancer

  • Giusti R & al.
  • Alcohol Alcohol
  • 27 sept. 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une étude menée au sein de deux services d’oncologie italiens montre que l’alcoolisme est fréquent et sous-diagnostiqué chez les sujets traités pour un cancer en phase avancée. Le sexe masculin et un score ESAS bas (c’est-à-dire des symptômes ressentis comme moins prégnants) sont apparus comme des facteurs prédictifs d’une consommation excessive d’alcool traduite par un test CAGE positif.

Le pourcentage de patients ayant eu un score positif au questionnaire CAGE s’est montré élevé, avec une prévalence doublée par rapport à de précédentes études menées dans des services de soins palliatifs européens. Ces résultats nécessitent donc d’être répliqués dans des essais multicentriques.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Selon les données de la littérature, on estime que 12% des adultes sont dépendants à l’alcool et que cette prévalence est plus importante encore chez les sujets hospitalisés (jusqu’à 20%, et même 27% en unité de soins palliatifs). En plus d’être un facteur de risque pour le développement de différents cancers, une consommation excessive est également associée à un risque plus élevé de récidive et de mortalité après que la maladie se soit déclarée. Cette consommation reste pourtant sous-diagnostiquée chez ces patients atteints de cancer. Pour avoir une vision plus précise de la question, une équipe italienne a mesuré l’incidence de l’alcoolisme chez des patients atteints de cancer en phase avancée et en cours de traitement oncologique.

Conception de l’étude

Des sujets adultes atteints de cancer localement avancé ou métastatique et venant pour recevoir une première ligne de traitement, ont été recrutés au sein des services d’oncologie médicale de deux hôpitaux italiens, sur une période de 12 mois entre août 2015 et août 2016.

Le questionnaire cut down, annoyed, guilty, eye-opener (CAGE, test en 4 questions) était utilisé pour dépister une consommation excessive d’alcool. Rappelons que ce test est considéré comme positif lorsque 2 réponses positives sont enregistrées pour les hommes et une seule pour les femmes, avec une bonne sensibilité et spécificité. La présence et l’intensité des symptômes les plus courants en soins palliatifs étaient évaluées sur l’échelle Edmonton Symptom Assessment System (ESAS) et le niveau d’autonomie selon l’indice de performance de Karnofsky.

Résultats

  • Au total, 117 patients ont rempli le questionnaire CAGE et ont pu être inclus dans l’étude, dont une majorité d’hommes (56%). L’âge moyen était de 63 ans. L’indice de performance de Karnofsky moyen était de 68,3% (sur 100% pour un état normal). Les sujets inclus étaient atteints de cancers gastro-intestinaux et du poumon en majorité, suivis par les cancers du sein, génito-urinaires et autres.
  • Dans cette population, 12 patients ont eu un score positif au questionnaire CAGE, soit 10,3% d’entre eux.
  • Seuls le sexe masculin et le score ESAS sont apparus comme des facteurs prédictifs d’un résultat positif au test CAGE. Le risque était multiplié par presque 4 chez les hommes (Odds ratio (OR) 3,984 [0,816-19,467], p=0,088) et par plus de 3 chez les sujets ayant un score ESAS bas (≤11 vs ≥11) (OR 3,523 [1,006-12,342], p=0,049).
  • L’âge, l’IMC, l’indice de performance ou le statut tabagique n’étaient pas associés à la positivité du test CAGE.

Limitation

Il s’agit d’une étude observationnelle menée dans seulement deux hôpitaux du centre de l’Italie. Les données concernant la race, le niveau socio-culturel ou éducatif et le délai depuis le diagnostic de cancer n’étaient pas disponibles. De plus, les cancers de la tête et du cou, fréquemment associés à l’alcoolisme, étaient peu représentés, ce qui a pu contribuer à sous-estimer les résultats.