L’Afrique déjà immunisée face à la pandémie ?

  • Tso FY & al.
  • Int J Infect Dis
  • 8 nov. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Une immunité croisée entre le SARS-CoV-2 et d’autres coronavirus humains bénins a été beaucoup plus fréquemment retrouvée avec des échantillons plasmatiques prélevés en Afrique subsaharienne, par rapport à des échantillons prélevés aux Etats-Unis avant la pandémie de COVID-19.
  • Cette immunité semble liée au développement d’anticorps contre les protéines de nucléocapsides d’autres coronavirus humains bénins qui circulent de façon plus importante dans cette partie du monde.
  • Elle pourrait expliquer le faible taux d’infection et de décès observé en Afrique subsaharienne par rapport à celui des États-Unis, même si cela reste encore à confirmer.

 

 

Force est de constater que l’hécatombe que l’on craignait en Afrique suite à la pandémie de COVID-19 n’a pas eu lieu. Contre toutes attentes, l’Afrique a même pour l’heure payé un moins lourd tribut à l’épidémie que l’Amérique ou l’Europe. Pourquoi ? Petite plongée dans la famille des coronavirus. 

Comme le virus du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SARS) et du Middle East Respiratory Syndrome (MERS), le SARS-CoV-2 appartient à la famille des bêtacoronavirus. Mais il existe quatre autres coronavirus susceptibles d’infecter l’homme et n’entraînant que de simples rhumes. L’hypothèse a donc été émise de l’existence d’une immunité croisée développée contre ces autres coronavirus et qui aurait pu apporter une protection contre le SARS-CoV-2. Pour la tester, une équipe afro-américaine a recherché la présence d’anticorps capables de reconnaître le SARS-CoV-2 dans des échantillons plasmatiques ayant été prélevés avant le développement de la pandémie actuelle.

Méthodologie

Ces échantillons avaient été prélevés aux Etats-Unis (n=85) et en Afrique Subsaharienne (Tanzanie n=105, Zambie n=99) entre mai 2005 et mai 2019. La présence d’anticorps capables de reconnaître les protéines Spike et les protéines de nucléocapside de tous les coronavirus connus, a été testée par immunofluorescence sur des cellules transfectées exprimant la protéine Spike ou des protéines de la nucléocapside du SARS-CoV-2.

Résultats

  • La présence d’une fluorescence des échantillons plasmatiques lors de la mise au contact de ces cellules signifiait la présence d’anticorps (IgG) marqués spécifiques. Cette fluorescence apparaissait de façon évidente avec des échantillons plasmatiques prélevés avant la pandémie. Et ceci de façon beaucoup plus fréquente avec les échantillons plasmatiques prélevés en Tanzanie (19%, p=0,0002) ou en Zambie (14,1%, p=0,0069) qu’avec ceux prélevés aux Etats-Unis (2,4%).
  • La plupart de ces réactions croisées observées en Tanzanie et en Zambie reconnaissaient une protéine de la nucléocapside du SARS-CoV-2  (17,1% et 13,1% respectivement). Alors que ces réactions n’étaient présentes que dans 1,2% des échantillons prélevés aux Etats-Unis. Il n’y avait pas de différence significative pour les réactions croisées entre les protéines Spike des différents virus, probablement en raison de la plus forte variabilité de cette protéine.
  • Pour savoir si la présence de cette réactivité croisée avec le SARS-CoV-2 était corrélée avec une exposition antérieure à d’autres coronavirus humains, tous les échantillons plasmatiques qui avaient montré une réactivité croisée vis-à-vis de SARS-CoV-2 ont été testés pour leur capacité à reconnaître les autres coronavirus. Tous ont été capables de reconnaître la protéine Spike des 4 autres coronavirus humains responsables de rhumes, mais pas celle du SARS-CoV ou du MERS-CoV (p

Limite 

Du fait de la nature rétrospective de l’étude, les échantillons de plasma n’ont pu être prélevés de façon simultanée aux États-Unis et en Afrique.