Jusqu’à 50% d’augmentation des risques cardiovasculaires majeurs lors de l’initiation d’un traitement par diclofénac

  • Schmidt M & al.
  • BMJ
  • 4 sept. 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Les résultats de cette étude suggèrent qu'il existerait un sur-risque d’événements cardiovasculaires majeurs dans les 30 jours post-initiation d’un traitement par diclofénac par rapport à l’initiation d’autres AINS (ibuprofène, naproxène), du paracétamol ou à l’absence de traitement par AINS. Ce sur-risque inclurait une augmentation du risque de fibrillation atriale ou de flutter, d’AVC ischémique, d’insuffisance cardiaque, d’IDM ainsi que de la mortalité cardiovasculaire. Ce phénomène serait présent même chez les individus à faible risque cardiovasculaire et augmenterait avec celui-ci. Enfin, les risques gastro-intestinaux sous diclofénac seraient comparables à ceux rencontrés sous naproxène, mais en revanche ils seraient considérablement supérieurs à ceux identifiés sous paracétamol, ibuprofène ou chez les non-utilisateurs d’AINS. Ces données ne permettent pas de soutenir l’administration en première intention du diclofénac par rapport à d’autres AINS, ni à son utilisation en automédication.

Pourquoi cette étude est-elle intéressante ?

Certaines études suggèrent que les AINS sont neutres à court terme et à faible dose en ce qui concerne les risques cardiovasculaires majeurs. Cette étude offre un éclairage sur le spectre et l’amplitude des risques cardiovasculaires associés à l’initiation d’un traitement par diclofénac. 

Méthodologie

Des chercheurs ont utilisé les données d'un registre national danois pour réaliser toute une série d’études de cohortes qui mimaient de façon stricte un même protocole clinique (emulated trial design). Seuls les individus pour lesquels les données informatisées sur l’année précédant l’inclusion étaient disponibles ont été sélectionnés. Au total, une série de 252 « essais simulés » ont été regroupés de manière statistique dans un seul modèle, générant ainsi plus de 6 millions de données individuelles : 1,3 millions d’initiateurs de diclofénac, 3,8 millions d’initiateurs d’ibuprofène, 290.000 initiateurs de naproxène, 764.000 initiateurs de paracétamol et 1,3 millions de sujets sains n’ayant pas initié de traitement par AINS durant la période (appariés par score de propension).

Le critère composite principal d’évaluation était la survenue dans les 30 jours post-initiation, d’un événement indésirable cardiovasculaire majeur constitué d’événements non fatals (fibrillation atriale ou fluter, AVC ischémique, insuffisance cardiaque, IDM) et du décès d’origine cardiaque.

Principaux résultats

L’âge médian allait de 46 à 49 ans pour les initiateurs d’AINS. Et il était de 56 ans pour les initiateurs de paracétamol. Le taux d’événements cardiovasculaires majeurs fatals ou non à 30 jours post-initiation était augmenté de 50% chez les initiateurs de diclofénac par rapport aux non-utilisateurs d’AINS, de 20% par rapport aux initiateurs de paracétamol ou d’ibuprofène, et de 30% par rapport aux initiateurs de naproxène.

Les taux d’événements indésirables cardiovasculaires sous diclofénac étaient augmentés par rapport aux non-utilisateurs pour chacun des constituants du critère principal d’évaluation (20% pour la fibrillation atriale et le flutter, 60% pour l’AVC ischémique, 70% pour l’insuffisance cardiaque, 90% pour l’IDM et 70% pour le décès d’origine cardiovasculaire). Le risque global d’accident cardiovasculaire majeur était plus élevé quel que soit le niveau de risque cardiovasculaire initial. 

L’initiation du diclofénac augmentait également le risque de saignements gastro-intestinaux hauts à 30 jours d’un facteur 4,5 environ par rapport à ceux qui n’en prenaient pas, et d’un facteur 2,5 par rapport à ceux qui avaient commencé un traitement par ibuprofène, paracétamol ou naproxène.