Jogging et santé : pour gagner, il suffit de participer


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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L’OMS (Organisation mondiale de la santé) recommande 150 minutes d’activité physique modérée à intense par semaine pour les adultes en bonne santé. Mais il y a peu de données pour savoir quel type d’activité est préférable. L’équipe conduite par Zeljko Pedisic (Australie) est partie du constat que le jogging étant un sport populaire, il serait intéressant de savoir s’il a un effet préventif sur la mortalité. Sa méta-analyse est la première sur le sujet. Elle confirme l’intérêt du jogging et donne des résultats inattendus, qui permettent de donner quelques conseils de prescription aux praticiens.

Elle est le résultat d’une très large revue de littérature (19.315 articles) dont seules 14 publications ont été retenues, portant sur 6 cohortes (études prospectives) ayant inclus 232.149 personnes. Au total, 25.951 décès sont survenus sur un suivi allant de 5,5 ans à 35 ans.

La régularité plutôt que l’intensité et la fréquence 

La pratique du jogging était associée à une diminution de 27% du risque de décès toute cause (hazard ratio HR = 0,73 ; intervalle de confiance IC 95% : 0,68-0,79), de 30% du risque de décès cardiovasculaire (HR = 0,70 : IC 95% : 0,49-0,98) et de 23% du risque de décès par cancer (HR = 0,77 : IC 95% : 0,68-0,87). Il n’y a aucune corrélation significative entre la diminution du risque de décès et la fréquence hebdomadaire, le temps hebdomadaire, l’intensité et la dépense totale en équivalents métaboliques de la pratique du jogging.

Les auteurs de l’étude en retirent plusieurs recommandations pour les praticiens.

  • Contrairement à une crainte largement partagée, en population générale le bénéfice du jogging est largement supérieur au risque de décès brutal par arrêt cardiaque ou d’accident par chute. Cependant le clinicien conseillera une course de faible intensité ou la marche aux patients ayant des facteurs de risque cardiovasculaire.

  • La plupart des coureurs ont un rythme supérieur à 10 km/h (6 miles par heure). Cela signifie que leur dépense énergétique a un effet préventif suffisant s’ils courent autour de 50 minutes par semaine (25 minutes de moins que la recommandation OMS), ce qui est une bonne nouvelle pour les nombreuses personnes pour qui le manque de temps est le frein principal à une activité sportive régulière.

  • Les résultats de ce travail ne vont pas dans le sens de la plupart des recommandations nationales, qui préconisent au moins 300 minutes par semaine d’activité modérée ou 150 minutes d’activité intense par semaine. Cela implique un temps passé efficace nettement plus faible (environ 50 minutes d’intensité modérée).

Des bénéfices certains en termes de mortalité

Les auteurs reconnaissent plusieurs limites à leur travail. Dans la plupart des études examinées, les facteurs de confusion n’ont pas tous été éliminés (par exemple, la pratique simultanée d’une autre activité sportive). Leurs critères d’inclusion pouvaient être limités (par exemple, décès cardiovasculaires). Sur un aussi long suivi, les habitudes sportives des participants pouvaient changer. Celles-ci sont autodéclaratives. Enfin les effectifs des participants à haut niveau de jogging étaient restreints.

Les auteurs souhaitent donc d’autres études tenant compte de la régularité de la pratique et basées sur des enregistrements plutôt que sur des déclarations. Néanmoins, ils soulignent que leurs résultats indiquent qu’une politique de santé publique promouvant une activité physique même modérée aurait des répercussions positives en termes de mortalité.