JESFC 2020 – Vapotage chez les adolescents: la situation en France est plutôt rassurante

  • Vincent Richeux

  • Actualités des congrès
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Paris , France La cigarette électronique peut-elle favoriser le passage au tabagisme chez les plus jeunes? Faut-il, par précaution, renforcer les restrictions sur le vapotage ? En France, la proportion d’adolescents fumant quotidiennement continue de baisser. Mais, l’usage de la cigarette électronique, même s’il reste encore marginal chez les plus jeunes, suscite des inquiétudes, bien que l’on soit très loin de l’engouement observé aux Etats-Unis où les adolescents ont largement adopté la cigarette électronique. Au cours d’une présentation aux Journées Européennes de la Société Française de Cardiologie (JESFC2020) – faut-il rappeler que le tabac est l’un des principaux facteurs de risque cardiovasculaire –, le Dr Daniel Thomas (Institut de cardiologie, Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris) a fait le point sur la situation [1].

Un quart des ados américains vapotent

Si le tabagisme a perdu de son attrait chez les jeunes américains, le vapotage s’est à l’inverse généralisé en quelques années dans cette population. Aux Etats-Unis, à un niveau scolaire équivalent au lycée, « on compte désormais 27% d’utilisateurs réguliers de la cigarette électronique », alors que seuls 6% des jeunes de la même tranche d’âge sont fumeurs, a indiqué le Dr Thomas.

Selon les derniers chiffres de la Food and Drug Administration (FDA), 3,6 millions d’adolescents et jeunes adultes américains étaient utilisateurs de la cigarette électronique en 2018, soit 1,5 million de plus que l’année précédente [2]. L’agence américaine s’alarme de cette situation assimilée à « une épidémie de consommation régulière de nicotine chez les adolescents » et réclame des mesures de prévention. 

En France , la situation est inverse. La cigarette électronique suscite peu d’intérêt chez les jeunes. La dernière enquête Escapad de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) révèle qu’en 2017, la moitié des adolescents âgés de 17 ans ont déjà expérimenté la cigarette électronique. Mais, seuls 1,9% en ont un usage quotidien [3].

Concernant la consommation de tabac, la tendance est à la baisse. En 2017, selon l’enquête, près de 25% des jeunes de 17 ans déclarent fumer quotidiennement, contre 32,4% en 2014. Un résultat qui peut être mis sur le compte des nombreuses campagnes de prévention, visant particulièrement les jeunes.

En France, « des progrès encourageants »

Même si on est encore loin d’atteindre les 12% de jeunes fumeurs affichés par la Grande-Bretagne, « ces progrès sont encourageants, surtout que cette baisse s’est accentuée ces dernières années », a commenté le Dr Thomas. « La perspective d’avoir moins de 5% de fumeurs dans la population n’est plus une utopie », estime-t-il.

L’engouement pour la cigarette électronique aux Etats-Unis est toutefois venu jeter le trouble dans la prévention contre le tabagisme chez les plus jeunes. D’un côté, son usage expose les vapoteurs à moins de substances nocives que la cigarette. Mais, de l’autre, il peut provoquer une dépendance à la nicotine, ce qui pourrait inciter à passer au tabac.

Cette crainte s’est confirmée avec une étude américaine, qui a récemment montré que les adolescents non-fumeurs qui vapotent ont deux à trois fois plus de risque de se mettre à fumer que ceux qui n’ont jamais expérimenté la cigarette électronique [4]. L’étude avait inclus plus de 10 000 jeunes âgés de 12 à 17 ans, initialement non-fumeurs.

« Ce passage de la cigarette électronique au tabac est toutefois discuté en France », a souligné le Dr Thomas. L’enquête Escapad montre, en effet, que la majorité des jeunes de 17 ans qui ont testé le tabac et la cigarette électronique ont d’abord commencé par fumer. Seuls 14% d’entre eux étaient non-fumeurs avant de s’initier au vapotage.

« Dans la plupart des cas, l’expérimentation de la cigarette électronique par les adolescents s’inscrit dans une polyconsommation. Certains en viennent ainsi à affirmer que les vapoteurs qui se sont mis à fumer auraient fini par le faire, même sans passer par la e-cigarette, ce qui est difficile à déterminer ».

Une analyse plus poussée des données de l’enquête Escapad, qui vient juste d’être publiée, se montre néanmoins rassurante puisqu’elle suggère que les adolescents qui ont testé la cigarette électronique seraient finalement moins enclins à fumer, a précisé le cardiologue.

Des restrictions efficaces

« Pour autant, il ne faut surtout pas présenter la cigarette électronique comme un moyen de protéger les jeunes du tabagisme », insiste le Dr Thomas, qui précise qu’une évaluation à plus long terme serait nécessaire pour savoir si le risque de passer au tabac évolue avec le temps. 

Quoi qu’il en soit, la situation en France est incomparable à celle observée aux Etats-Unis, où un marketing très efficace a permis de doper les ventes. Le marché américain de la cigarette électronique est largement dominé par la marque Juul, qui a séduit les plus jeunes grâce à un design épuré et moderne, la faisant ressembler à une clé USB.

Dans l’hexagone, la publicité pour ce type de produit est interdite , rappelle le Dr Thomas. « Il s’agit là d’une mesure importante, tout comme l’interdiction de vendre la cigarette électronique à des mineurs. Depuis 2016, les vendeurs doivent exiger de leurs clients de prouver leur majorité ». Le vapotage est également interdit dans les lieux accueillant les enfants. 

Si la situation en France reste assez rassurante, « il faut rester vigilant », estime le cardiologue. « N’oublions pas qu’il est vital pour l’industrie du tabac de continuer à recruter des jeunes. Or, elle a fini par s’intéresser à la cigarette électronique, après s’y être opposé. Certainement avec des raisons ».

« Il ne faudrait pas avoir au final une génération sans tabac, mais dépendante à la nicotine », a conclu le Dr Thomas.

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