JESFC 2017 : Péricardite aiguë bénigne, savoir éloigner le spectre de la récidive

  • Dr Jean-Claude Lemaire

  • JIM Actualités des congrès
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La péricardite aiguë est une pathologie bénigne extrêmement fréquente qui constitue un véritable défi pour le praticien en raison du risque très élevé de récurrences successives qui en constitue la principale complication.

On parle de récidive lorsqu'un nouvel épisode survient chez un malade ayant été asymptomatique pendant au moins 4 à 6 semaines. Mais, dans la majorité des cas, elles se manifestent après un délai de l'ordre de 6 mois. Selon les séries, les récidives concernent 25 à 40 % des patients et, chez un même patient, elles peuvent se manifester jusqu'à dix ou vingt fois au cours de la vie de celui-ci, ce qui fait de la péricardite aiguë une affection très invalidante en dépit d'un pronostic qui est globalement bon. Cela est d'autant plus dommage que la cause principale de ces récidives est la mauvaise prise en charge du premier épisode.

Pour rappel, un tout premier épisode de péricardite implique un bilan comportant radiographie thoracique, ECG, échographie, troponine, NFS, créatinine, ionogramme, bilan inflammatoire et, le cas échéant, bilan hépatique et thyroïdien, sérologie HIV et hépatite C.

Le traitement consiste en une bithérapie systématique comprenant AINS ou aspirine et colchicine.

Dans le cas de l'aspirine, la dose doit être de 3 g par jour pendant une quinzaine de jours puis la diminution doit être progressive jusqu'à arrêt total sur une période d'un mois minimum. Il est recommandé de s'aider du dosage de la CRP de façon à ne baisser les doses d'aspirine ou d'AINS que lorsque la CRP s'abaisse.

La colchicine est systématique, à prendre en 2 prises, à la dose de 0,5 mg/j en dessous de 70 kg et de 1 mg/j au dessus de 70 kg pendant 3 mois. La colchicine est en général bien tolérée. Son principal effet secondaire est la diarrhée qui témoigne d'un surdosage. Il importe de bien expliquer au patient qu'en pareil cas il faut diminuer la dose de colchicine, mais ne pas cesser d'en prendre.

Le traitement à fortes doses d'anti-inflammatoires pendant 6 semaines au moins, et par colchicine pendant 3 mois au moins, est le meilleur garant contre les récidives.

Si malheureusement le premier épisode n'a pas été bien traité et qu'il y a récidive, les armes restent les mêmes mais il faut les utiliser plus longtemps. Les doses d'AINS ou d'aspirine ne seront diminuées qu'à partir du moment où la CRP sera normalisée et le traitement par colchicine sera à prolonger 6 mois.

Malgré la tentation, il ne faut avoir recours à la corticothérapie que la main forcée et à faible dose (0,2 à maximum 0,5 mg/kg) en raison du risque très élevé de cortico-dépendance avec, à la clé, des patients insuffisants surrénaux. Il faut par ailleurs savoir qu'une des principales causes de récidive de péricardite aiguë est justement la prescription de corticoïdes.