JDP : Quand le cancer colle à la peau

  • Dr Marie-Line Barbet

  • JIM Actualités des congrès
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Il est une situation où le dermatologue est en première ligne pour dépister un cancer, c'est celle où la dermatose à laquelle il est confronté est évocatrice -de manière plus ou moins évidente- de l'existence d'une néoplasie sous-jacente.

Cette dermatose, qualifiée de « paranéoplasique » peut être suffisamment typique pour conduire à la recherche systématique d'un cancer et, en l'absence de découverte de celui-ci, à une surveillance prolongée. Il s'agit alors d'une dermatose paranéoplasique (DPN) « vraie ».

Parmi ces DPN vraies, on peut citer :
- l'acanthosis nigricans, avec des papules brunâtres au niveau des plis associé à un cancer dans 20 % des cas (cancer gastrique dans 80 % des observations),
- l'acrokératose paranéoplasique de Basex se manifestant par une hyperkératose palmo-plantaire avec épaississement unguéal, et des lésions croûteuses au niveau du pavillon de l'oreille associé à un cancer ORL dans 100 % des cas,
- l'érythème nécrolytique migrateur, lié dans 90 % des cas à un glucagonome,
- le pemphigus paranéoplasique très polymorphe sur le plan cutané et s'accompagnant de lésions muqueuses importantes qui doit faire rechercher une hémopathie maligne associée (85 % des cas)
- et enfin l'erythema gyratum repens associé dans 84 % des cas à un cancer du poumon, du sein, de l'œsophage.

Le mécanisme d'apparition de ces DPN est mystérieux. On suppose qu'il fait intervenir la sécrétion de facteurs de croissance par la tumeur elle-même. Quoi qu'il en soit, l'évolution de la DPN suit généralement celle de la néoplasie : résolution dans la phase de rémission tumorale, récidive en cas de rechute. La présence d'une DPN est cependant plutôt le témoin d'un cancer évolué.

Pour certaines autres dermatoses, le qualificatif de paranéoplasique est beaucoup moins tangible : ce sont des manifestations cutanées qui semblent, plus souvent que ne le voudrait le hasard, pouvoir être associée à un cancer mais qui peuvent aussi être idiopathiques ou liées à d'autres pathologies. Il s'agit par exemple ici de la dermatomyosite pour laquelle un lien avec une tumeur sous jacente est surtout à craindre au-delà de 50 ans et en cas d'ulcérations cutanées, de résistance aux corticoïdes et de positivité de l'auto anticorps Tif1. Les dermatomyosites amyopathiques seraient associées à un cancer dans 14 % des cas.

Le syndrome de Sweet peut être lié à une hémopathie sous jacente mais aussi à des pathologies inflammatoires (polyarthrite rhumatoïde, MICI). De même le pyoderma gangrenosum peut être associé à une gammapathie monoclonale.
Enfin, des associations ont été décrites entre cancer et certaines manifestations cutanées. Mais elles semblent essentiellement fortuites. Il en est ainsi pour xérose, ichtyose, érythrodermie et prurit ou encore multiples verrues séborrhéiques, autrement dit le signe de Leser Trelat.
Quoi qu'il en soit, il faut rester prudent et ne pas hésiter à demander un bilan surtout si des signes d'appel et une dégradation concomitante de l'état général chez un sujet âgé sont constatés.