ISPPD 2018 - Vaccins pneumococciques : avancées récentes et difficultés


  • Kara Gilbert
  • Actualités des congrès
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À retenir

  • Il est nécessaire de développer des vaccins moins onéreux qui soient capables de fournir aux enfants une protection ciblée contre les sérotypes prévalents ou une protection étendue contre tous les sérotypes pneumococciques.

Pourquoi est-ce important ?

  • Les vaccins représentent une stratégie critique dans la protection des enfants contre les pneumococcies qui constituent une cause majeure de morbidité et de mortalité chez les jeunes enfants dans le monde.
  • Les vaccins pneumococciques conjugés (VPC) actuellement disponibles ne couvrent pas tous les sérotypes pneumococciques et sont compliqués et relativement coûteux à produire.

Points essentiels

Écarts avec les vaccins pneumococciques actuels

  • Il y a un certain nombre d'écarts avec les vaccins pneumococciques actuels en matière de couverture, de coûts et de portage.
  • En 2007, l'OMS a recommandé l'utilisation des VPC dans tous les pays. Deux (2) VPC agréés et pré-qualifiés par l'OMS sont actuellement disponibles, le VPC 13-valent (VPC13, Prevnar 13) et le VPC 10-valent (VPC10, Synflorix).
  • Les VPC13 et VPC10 sont efficaces uniquement contre les sérotypes vaccinaux 10-13 et n'offrent pas de protection contre l'ensemble des 90+ sérotypes pneumococciques, qui varient en fonction des régions.
  • Le nombre croissant de pneumococcies provoquées par des sérotypes non vaccinaux (par émergence ou remplacement de sérotypes) représentent une charge de morbidité résiduelle susceptible de limiter les bénéfices globaux des VPC.
  • Comme les VPC sont difficiles à produire, leur fabrication est onéreuse ce qui limite leur disponibilité et leur accessibilité/durabilité pour les pays à faibles revenus.
  • Il est important de différencier la maladie du portage rhinopharyngé (NP) asymptomatique chez les jeunes enfants. Un remplacement complet de sérotypes dans la zone du rhinopharynx favorise l'évolution génétique continue des pneumocoques.

Stratégies en matière de vaccins

  • Une stratégie sur les vaccins qui renforce naturellement l'immunité acquise pourrait accélérer ce processus chez les jeunes enfants.
  • On pense que l'immunité acquise naturellement face aux pneumococcies invasives (IPD) est dépendante de l'anticorps anti-capside. Mais la colonisation rhinopharyngée par l'espèce Streptococcus pneumoniae induit également la production d'anticorps dirigés contre des antigènes protéiques susceptibles d'exercer un effet protecteur. 
  • Dans une étude récente1, les données indiquent que l'immunité humaine acquise naturellement contre les pneumocoques dépend d'anticorps spécifiques à des antigènes protéiques, soulignant l'importance accrue pour les IgG anti-protéine plutôt que les IgG anti-capside.
  • Des études cliniques ont démontré que les vaccins basés sur des protéines pneumococciques courantes pouvaient protéger des souris du portage NP, de la pneumonie et d'IPD après confrontation avec l'espèce pneumoniae.
  • Plusieurs développeurs de vaccins, notamment GSK, Sanofi Pasteur et Genocea, développent activement des vaccins à base de sous-unités protéiques. Les données précliniques sont encourageantes et un certain nombre de candidats sont désormais évalués dans des études cliniques de phase 1 et 2. Cependant, il n'y a pas de données probantes claires à ce jour indiquant une efficacité contre le portage NP ou la maladie.
  • Des VPC de valence supérieure sont également en phase de développement (par ex., le VPC 20-valent de Pfizer (13V + 7V) et les VPC 15- et 24-valent de MSD) pour potentiellement étendre la couverture au-delà des 13 sérotypes couverts par le VPC13, à des sérotypes prévalents provoquant des pneumococcies chez l'adulte et l'enfant.
  • Les coûts et les risques accrus pour obtenir la suppression du portage ou une nouvelle protéine de transport sont les difficultés à résoudre pour les vaccins de valence supérieure.

Évaluation règlementaire

  • Les vaccins à base de sous-unités protéiques en cours de développement doivent relever plusieurs défis jusqu'à l'autorisation. Des corrélats de protection capables de prédire les bénéfices cliniques peuvent s'avérer nécessaires, mais ne sont pas encore clairement définis.
  • Le principal défi est la démonstration de l'efficacité contre les IPD/la pneumonie. La possibilité d'autoriser un vaccin sur la base de son efficacité sur le portage NP seul et/ou sur l'otite moyenne n'est pas clairement établie.
  • Il existe des raisons pour intégrer la réduction du portage NP comme critère d'évaluation dans les études de phase 2. La réduction du portage est une validation de concept biologique et stimule la confiance dans le succès d'une étude de phase 3 de grande ampleur et onéreuse. L'immunité collective après vaccination par VPC repose sur la réduction du portage NP, si bien que les vaccins protéiques qui ne diminuent pas le portage peuvent être inférieurs aux VPC. Mais il est peu probable que le portage soit un critère fondamental pour l'autorisation.
  • Les vaccins qui combinent les technologies des protéines et des conjugués semblent prometteuses pour la préparation de vaccins peu coûteux.
  • Les protéines pneumococciques comme éléments de transport pour les vaccins conjugués présentent un avantage au plan règlementaire, car l'autorisation peut être basée sur la non-infériorité par rapport à un VPC actuellement autorisé et l'effet de la protéine peut être démontrée dans le cadre d'études post-autorisation.

Commentaire d’expert

  • Les questions de l'auditoire étaient centrées sur les approches actuelles permettant de mesurer l'effet des vaccins, et certaines opinions avançaient que les mesures règlementaires actuelles, qui attendent des vaccins qu'ils ciblent la maladie et agissent contre le portage, ne constituent pas nécessairement la meilleure solution pour mesurer l'impact, et que les médecins devaient exercer une influence dans la sphère de décisions règlementaires. Commentaires inclus :

« L'immunité collective n'est pas diminuée par le portage, mais en bloquant la transmission. »

« Votre objectif dans la vie est-il de satisfaire les organismes de réglementation ou de sauver la vie des enfants ? »

Présenté par Mark Alderson au 11ème International Symposium on Pneumococci and Pneumococcal Diseases, 2018, Melbourne, Australie.