Interventions visant à soutenir la résilience des soignants en période d’épidémie : des facilitateurs et des freins

  • Pollock A & al.
  • Cochrane Database Syst Rev
  • 5 nov. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Cette revue Cochrane s’est intéressée aux interventions visant à soutenir la résilience des professionnels de première ligne en période d’épidémie. Si elle n’a pu identifier de données probantes quant à l’efficacité des différentes interventions, elle a mis à jour quelques facteurs facilitants (intervention adaptée aux besoins locaux, communication efficace, environnement d’apprentissage favorable) ou au contraire faisant obstacle à leur mise en œuvre (faible niveau de conscience des besoins par exemple).

 

 

Les professionnels de santé et de l’aide sociale travaillant en première ligne lors d’une pandémie sont exposés à un stress chronique susceptible d’avoir des effets sur leur santé mentale (anxiété, dépression) à court comme à long terme. Ceci peut avoir des répercussions sur le plan cognitif et des relations sociales et même impacter leur fonctionnement sur le lieu de travail. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a pointé du doigt ce risque dans l’épidémie de COVID-19 que nous traversons. Aussi, une revue Cochrane a-t-elle recherché toutes les études ayant porté sur « les interventions destinées à soutenir la résilience et le bien-être mental » de ces professionnels travaillant en première ligne lors d’épidémies de maladies infectieuses, afin d’une part d’en évaluer l’intérêt, et d’autre part d’en identifier les facteurs facilitants ou au contraire faisant obstacle à leur mise en œuvre. 

Méthodologie

La revue menée depuis 2002 jusqu’en mai 2018 dans différentes bases de données médicales, a ainsi pu identifier 16 études ayant rapporté la mise en œuvre de différents types d’intervention visant à soutenir la résilience des professionnels de première ligne, c’est-dire leur capacité à faire face aux effets négatifs du stress, pendant et après l’apparition d’un foyer épidémique de maladies infectieuses classé comme épidémie ou pandémie par l’OMS. Elles concernaient des épidémies de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) (2 études), d’Ebola (9), du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) (1) et de la COVID-19 (4). Et elles faisaient appel à des interventions basées sur le lieu de travail (formations, changement de routine, communication), à un soutien psychologique (counseling, consultation d’un psychologue), à des interventions pharmacologiques ou encore  à une association de ces différentes composantes.

Peu de données probantes quant à l’intérêt de ces différentes interventions

La revue n’a identifié qu’une seule étude d’intervention mixte réalisée après une épidémie d’Ebola. Elle visait à savoir si le personnel formé à donner les premiers secours psychologiques se sentait moins épuisé. Mais le très faible niveau de confiance vis-à-vis des résultats de l’étude ne permettait pas d’établir l’efficacité de l’intervention. En revanche, la revue a pu identifier des données probantes qualitatives concernant des éléments qui pourraient favoriser ou au contraire freiner la réussite de ces interventions en termes de santé mentale générale et de résilience.

Les facilitateurs et les freins à la mise en œuvre de ces interventions

Trois facteurs ont été identifiés comme favorisant la mise en œuvre des interventions de soutien : le fait que l’intervention soit adaptée aux besoins locaux, qu’une communication efficace soit établie au sein de l’organisation et au-dehors, et qu’un environnement d’apprentissage positif, sûr et favorable pour les professionnels de première ligne soit instauré (niveau de confiance modéré).

Le fait que les personnels de première ligne ou les organisations pour lesquelles ils travaillaient ne soient pas pleinement conscients de ce dont ils avaient besoin pour soutenir leur bien-être mental semblait au contraire être un frein à la mise en œuvre des interventions proposées, de même que le manque d’équipement, de temps ou de compétences du personnel nécessaire à une intervention (niveau de confiance modéré).

Par ailleurs, le niveau de connaissance ou les croyances que les professionnels de première ligne avaient sur l’intervention pouvaient constituer un frein ou au contraire faciliter sa mise en œuvre (niveau de confiance modéré).