Internes de médecine générale : des difficultés face aux situations de fin de vie

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Une enquête menée auprès d’internes de médecine générale ayant effectué au moins une rotation dans un service hospitalier met en évidence plusieurs difficultés qu’ils ont rencontrées face aux soins de fin de vie : manque de maîtrise de l'utilisation des médicaments contre la douleur et l'anxiété, difficulté à communiquer sur la mort, sentiment de prodiguer des soins insuffisants.

  • Ces difficultés ont un impact négatif sur leur vie personnelle. Les plus affectés par cette situation expriment le souhait d’éviter tout contact futur avec les soins palliatifs.

Pourquoi est-ce important ?

L’impact de la prise en charge de la fin de vie sur la psychologie des soignants a déjà été étudié chez des médecins expérimentés, notamment en milieu hospitalier. Cependant, il a été moins évalué chez des internes de médecine générale. REQUIEM, un groupe français de recherche et de réflexion sur l’anticipation et la prise en charge de situations médicales critiques, au cours de l’activité médicale quotidienne, a souhaité apporté un éclairage sur les connaissances légales de ces futurs praticiens, ainsi que leur confrontation concrète à la question.

Méthodologie

L'enquête anonyme a été proposée à tous les internes de médecine générale en formation dans l’Ile de France et venant d’accomplir leur dernier semestre d’internat. Le questionnaire était composé de 41 questions portant d’une part, sur les connaissances relatives à la loi française sur la fin de vie (loi Claeys-Leonetti), d’autre part, sur la prise en charge de la fin de vie lors du dernier semestre : participation à des décisions d’arrêt de traitement, d’initiation de soins palliatifs, de gestion des soins de fin de vie, répercussions sur la vie personnelle...

Principaux résultats

Parmi les 976 internes potentiellement éligibles, 525 (soit 53,8%) ont accepté de remplir le questionnaire.

Ils étaient 67,4% à être satisfaits de la qualité des soins de fin de vie dispensés pendant leur rotation, même s’ils étaient 3 sur 5 à estimer que les soins palliatifs auraient dû être mis en place plus tôt et 3 sur 4 à penser qu’ils auraient pu être améliorés, que ce soit sur le plan de la gestion de la douleur (64%), de l'anxiété (56,6%) ou du soutien psychologique apporté au patient ou ses proches (55-56%). Ils étaient aussi 59,6% à estimer avoir été témoins d'une obstination déraisonnable dans la prise en charge d’un patient hospitalisé.

Ils étaient 40% à déclarer avoir des difficultés à parler de la mort avec leurs patients et 37,9% à en avoir avec les proches de ces patients. Ils étaient près de la moitié (46,9%) à craindre d'abréger la vie par utilisation de traitements sédatifs et analgésiques. Pour 63,4% d'entre eux, cette crainte a pu limiter l'adaptation des traitements de fin de vie de leurs patients.

Dans le cadre de leur formation, ils étaient plus de la moitié (52,8%) à être satisfaits de la supervision durant les soins de fin de vie par les séniors de l’équipe médicale, même s’ils étaient presque aussi nombreux à considérer que leur encadrement aurait pu être amélioré (59,7%).

Enfin, parmi ceux ayant eu le sentiment d'être témoins d'une obstination déraisonnable, 64,6% en ont été blessés, notamment parce qu’ils n’avaient pu l’exprimer (71,7%). Cette obstination jugée déraisonnable a eu un impact négatif sur la vie personnelle de 67,2% des participants. Ceux qui ont ressenti l’interaction la plus forte sur leur vie personnelle déclaraient plus souvent vouloir éviter les soins de fin de vie dans le futur (30,9% vs 17,4%, p=0,001).