Intérêt des Filières fractures sur le maintien d’un traitement anti-ostéoporotique

  • Delbar A & al.
  • Bone
  • 30 déc. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Depuis 2016, une « filière fracture » accueillant des patients avec fracture après un traumatisme léger a été ouverte à l’hôpital universitaire de Lille. Une évaluation de la persistance à un an et deux ans d’un traitement anti-ostéoporotique dans sa file active a été réalisée et les facteurs prédictifs de l’arrêt du traitement ont été recherchés. Les résultats montrent que 8 patients sur 10 sont toujours sous traitement après un an et 7 sur 10 à deux ans. 

Pourquoi ces résultats sont-ils importants ?

Les fractures ostéoporotiques sont des évènements fréquents passé l’âge de 50 ans. Elles concernent effectivement 1 femme sur 3 et 1 homme sur 5, et sont associées à une morbi-mortalité importante. Malgré une efficacité démontrée, la prescription des traitements anti-ostéoporotiques a fortement diminué au cours des dix dernières années. C’est pour répondre à cette évolution que des « filières fractures » se sont mises en place à travers le monde. 

Méthodologie

Cette étude a inclus des patients adultes de 50 ans et plus admis dans la filière fracture du centre hospitalier de Lille pour fracture suite à un traumatisme léger. La persistance du traitement anti-ostéoporotique à un an, deux ans, et les facteurs prédictifs de l’arrêt ont été déterminés.

Principaux résultats

Cette étude a inclus 1.224 patients âgés de 50 ans et plus ayant eu une fracture dans les 12 derniers mois. Parmi eux, 79,2% étaient des femmes, l’âge moyen était de 76 ans, 17% avaient un IMC ≥30kg/m2, 53% avaient des antécédents de fracture ostéoporotique, 21% avaient déjà pris des traitements anti-ostéoporotiques, 17% des femmes avaient une ménopause précoce (avant 45 ans), 9% des antécédents de fracture familiale de la hanche au premier degré et 8% avaient eu une exposition prolongée aux corticoïdes.

Au global, 410 fractures ont été identifiées chez 380 patients : 87,8% de fractures majeures dont 44% de fractures vertébrales, 19% de fractures de la hanche, 10% de l’humérus et 8% du pelvis.

Un traitement anti-ostéoporotique a été prescrit chez la quasi-totalité de la cohorte (96,6%) en cohérence avec les recommandations françaises : acide zolédronique (54,5%), tériparatide (22,9%), dénosumab (14,2%), bisphosphonates oraux (8,4%).

À 1 an, 84,1% des patients suivis étaient toujours sous traitement anti-ostéoporotique toutes classes confondues, et à 2 ans ils étaient 70,3%. Par rapport à tous les autres traitements, le maintien du traitement était plus important sous dénosumab, 97% et 91% respectivement à 1 et 2 ans versus 74% et 67% sous bisphosphonates oraux, 79% et 71% sous acide zolédronique et 90% et 72% sous tériparatide.

Plusieurs facteurs d’arrêt du traitement à 12 mois ont été mis en évidence, notamment le suivi par un médecin généraliste plutôt que par la filière fracture de l’hôpital (odds ratio 3,68, p=0,004), le traitement par acide zolédronique plutôt que par dénosumab (OR 3,39, p=0,019) ou le traitement par acide zolédronique versus tériparatide (OR 8,86, p=0,035). Les raisons de l’arrêt ont été étudiées. En dehors du décès ou de la perte de vue du patient, les principales raisons étaient l’oubli ou la négligence de la part du patient, le passage à un autre traitement anti-ostéoporotique, le développement d’une maladie concomitante, l’anticipation des effets indésirables et les croyances personnelles.