Insuline intranasale et maladie d’Alzheimer : étude de phase 2/3

  • Craft S & al.
  • JAMA Neurol
  • 22 juin 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Message principal

  • Les données de cette étude randomisée mettent en évidence un intérêt marginal de l’insuline intranasale dans la prévention de l’évolution de la maladie d’Alzheimer (MA) ou du trouble cognitif léger (TCL). Les auteurs évoquent le fait que le dispositif d’administration ne soit pas suffisamment efficient pour permettre à l’insuline d’être délivrée au niveau cérébral. D’autres travaux devront s’y intéresser….

 

L’insuline peut influencer l’homéostasie glucidique au niveau cérébral. Dans des modèles expérimentaux, elle semble notamment préserver les neurones contre les effets délétères des agrégats de protéine béta-amyloïde. Des liens entre insuline et maladie d’Alzheimer ont aussi été décrits dans certaines observations cliniques. Dans ce contexte, l’idée d’apporter de l’insuline par voie nasale a été testée et a abouti à des données prometteuses issues d’une étude clinique pilote, avec une préservation des performances cognitives des personnes souffrant de MA ou d’un TCL. Une étude multicentrique de plus large envergure a donc été menée, dont les données ont été publiées dans le JAMA Neurology .

Cette étude américaine multicentrique de phase 2/3 a ainsi inclus des patients atteints de MA ou de TCL, âgés de 55 à 85 ans (MMSE ≥20 points). Ils ont été randomisés en double aveugle entre un traitement par insuline intranasale (40 UI/j) ou un placebo durant 12 mois. Le traitement était ensuite maintenu durant une phase ouverte de 6 mois supplémentaires. Au cours de l’étude, il est apparu que le dispositif d’administration posait des problèmes de fiabilité, et a été changé par un second.

Le critère principal de l’étude était la modification observée du score de l'ADAS-Cog12, dont le score varie entre 0 et 70, croissant avec la sévérité de l’atteinte de l'humeur, du comportement et des fonctions cognitives. L’analyse a été menée après 12 mois de suivi puis 18 mois, globalement ainsi que sur les deux groupes de patients pris séparément.

Quelques signaux favorables à l’imagerie

Au total 289 patients (54,6% d’hommes, 70,9 ans d’âge moyen, ADAS-Cog12 moyen 25,33) ont été inclus dans l’étude, dont 240 étaient encore suivis à l’issue de la phase ouverte. Par ailleurs, ils ont été 49 à recevoir le premier dispositif, et 240 à recevoir le second.

Sur l’ensemble de la cohorte, aucune différence n'a été observée entre les groupes de traitement concernant le critère principal après 12 mois, que ce soit dans celui ayant reçu le second dispositif ou sur l’ensemble de la cohorte. Pour le groupe ayant reçu ce second appareillage, aucune différence n’a non plus été observée concernant les autres tests d’évaluation cognitive réalisés ou sur le taux des biomarqueurs d’intérêt dosés au niveau du liquide céphalo-rachidien (LCR) : rapport Ab42/Ab40 ou Ab42/protéine tau totale. Mais de petites différences significatives et favorables à l’insuline ont été observées en termes d’évolution du volume de l’hippocampe ou de celui du cortex entorhinal. De même pour l’ensemble de la cohorte prise globalement, seule une évolution significative a été observée concernant le volume du cortex entorhinal.

Enfin, l’analyse restreinte au groupe des 49 premiers participants montre une évolution favorable du score ADAS-Cog chez les sujets sous insuline à 12 mois (non significatif) et à 18 mois (significatif). L’interprétation de ces données reste sujette à caution étant donné le faible effectif de ce sous-groupe.

La fréquence et la sévérité des évènements secondaires étaient globalement comparables dans les deux bras de l’étude, quel que soit le dispositif testé.