Insuffisance rénale : pourquoi le recours aux traitements de suppléance n'augmente-t-il qu'en France ?

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Les registres américains et européens (USRDS, ERA-EDTA) mettent en évidence une diminution du recours aux thérapies de remplacement rénal (TRR) chez les insuffisants rénaux entre 2001 et 2011. Le registre français REIN, lui, ne montre pas une telle évolution. Une étude vient donc d'être conduite afin d'appréhender la raison de cette spécificité française : l'objectif était de décrire comment le profil des patients traités par TRR, ainsi que les indications et les modalités de mise en œuvre de ces traitements, ont évolué entre 2005 et 2014.

Méthodologie

  • Le registre REIN est un registre national qui répertorie tous les sujets en insuffisance rénale chronique terminale vivant en France et traités par TRR (dialyse ou transplantation). Créé en 2001, ce registre a été progressivement généralisé à tout le territoire métropolitain et aux régions d'Outre-mer. Les données du registre ont été analysées sur la période 2005 et 2014.

  • Toutes les données propres aux patients bénéficiant de TRR ont été analysées : données socio-démographiques, histoire et modalités de la dialyse, comorbidités.

  • L'analyse a été conduite afin de déterminer le taux de patients incidents (patients nouvellement traités par TRR au cours de l’année) et le taux de patients prévalents (intégralité des patients). La prévalence brute et le taux d'incidence ont été calculés et standardisés sur l'âge et le sexe. Les variations annuelles en pourcentage ont été évaluées pour ces deux variables. Enfin, la survie et la mortalité ont été analysées sur toute la période d'étude.

Résultats

  • En 2014, 10.301 patients ont commencé leur premier traitement de suppléance. Par rapport à 2005, ce chiffre a augmenté de 2,2% par an, mais cette tendance n'était que de 0,8% par an une fois ajustée sur le vieillissement et l'augmentation de la population générale. Ainsi le nombre d'insuffisants rénaux traités par TRR était passé de 144 à 159 par million d'habitants. L'augmentation concernait surtout la population masculine et exclusivement les diabétiques de type 2.

  • La proportion des plus de 75 ans et des plus de 85 ans nouvellement traités par RTT avait augmenté entre 2005 et 2014 : 41,7% contre 38,8% et 10,8% contre 6,2%. Par ailleurs, la fréquence de l'obésité, du diabète, de l'insuffisance respiratoire et d'une pathologie cancéreuse au sein de la population nouvellement traitée avait augmenté sur la même période.

  • La variation annuelle de pourcentage de nouveau traitement par dialyse péritonéale, par transplantation et par hémodialyse sur cathéter avait été de -3,7%, 2,6% et de 2,5%. Celle relative à l'hémodialyse en urgence était faible (0,7%), mais sa proportion restait élevée (environ 30% des patients). D'une manière générale, la suppléance était initiée de façon plus précoce (DFGe médian de 9,3 contre 8,3 mL/min/1,73 m²).

  • Fin 2014, 75.603 patients étaient suppléés : 55% par dialyse, 45% par transplantation rénale, soit une prévalence brute globale de 1.141 personnes par million d'habitants. Le taux de prévalence ajustée était de 2,4% par an, avec une augmentation plus marquée pour le nombre de sujets transplantés.

  • Entre 2005 et 2014, l'âge médian et l'IMC médian des personnes traitées par TRR avaient augmenté (71,1 contre 69,6 ans et 25,3 contre 24,2 kg/m²). Comme l'incidence, la prévalence montrait une fréquence croissante de l'obésité, du diabète, de l'insuffisance respiratoire et des pathologies cancéreuses parmi la population suppléée.

  • Au total, 93% des TRR correspondaient à l'hémodialyse en 2014, avec d'importantes variations inter-régionales. La moitié des personnes hémodialysées l'étaient en centre lourd, tandis que la proportion des sujets hémodialysés hors centre lourd avait augmenté de 5% à 19% entre 2005 et 2014.

  • Le nombre des moins de 70 ans inscrits sur liste d'attente de greffe avant dialyse avait augmenté de 5,6 à 15,5%. La proportion de patients démarrant une dialyse après échec de la greffe connaissait une augmentation moyenne de 8,4% par an entre 2005 et 2010, puis apparaissait stable.

  • Après ajustement, le taux de survie à 3 mois après initiation de la TRR avait augmenté entre la période 2005-2007 et 2008-2009 (94% versus 93,1%) puis était resté stable. Le taux de survie à un an avait, lui, augmenté progressivement, passant de 81,7% sur 2005-2007 à 84,2% sur 2012-2013.

Limitations

Durant la période 2005-2009, toutes les régions n'étaient pas couvertes mais les auteurs ont considéré que celles qui l'étaient étaient représentatives du niveau national. Par ailleurs, les données issues des régions d'outre-mer n'ont pas été incluses dans l'analyse (spécificités épidémiologiques, participation récente au registre).

À retenir

L'incidence élevée de recours aux TRR spécifique à la France pourrait être le reflet de l'augmentation de la prévalence du diabète de type 2 et de ses complications rénales. Les pays européens qui ne connaissent pas une telle évolution malgré un vieillissement de leur population et une augmentation de la fréquence du diabète de type 2 bénéficient peut être d'un dépistage plus précoce et d'une meilleure prise en charge. Enfin, la meilleure couverture sociale offerte en France a peut être mieux préservé l'accès des patients aux TRR dans le contexte de crise économique de la période considérée.