Insuffisance rénale : focus sur la consommation de protéines

  • Laboux T & al.
  • Nephrol Ther
  • 2 mai 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

L’acidose métabolique est une complication fréquente de l’insuffisance rénale chronique (IRC), dont la prévalence concernerait 7% des stades 2 à 37% des stades 4 de la maladie. Cependant, des données suggèrent un état de « rétention protonique globale » dès les stades précoces de la maladie, avec une évolution depuis une acidose à trou anionique normal vers un trou anionique plus élevé, favorisant progressivement l’apparition de lésions tissulaires locales (déclin de la fonction rénale), mais aussi musculaires (sarcopénie par accélération du renouvellement des cellules musculaires striées) et osseuses (déséquilibre activité ostéoclastique-ostéoblastique). Cette acidose favorise les troubles métaboliques (moindre synthèse hépatique de l’albumine et défaut de fixation de l’insuline en milieu acide), l’inflammation et la mortalité globale.

Les aliments incriminés

  • La charge acide liée à l’alimentation est décrite par plusieurs publications comme étant liée au risque de développer une IRC et au risque d’en accentuer la sévérité. En effet, l’alimentation est un contributeur important de la production d’acide endogène. Schématiquement, les aliments d’origine animale sont acidifiants alors que les fruits et légumes sont alcalinisants, exception faite des légumineuses et céréales dont le métabolisme engendre également la libération de protons. Le lait, lui, présente un bilan relativement neutre en la matière.
  • En termes de prise en charge, il est généralement recommandé à l’insuffisant rénal de suivre une supplémentation alcalinisante (bicarbonate de sodium généralement), lorsque le taux de bicarbonates est 26 mmol/L. Il est donc prudent de rester dans la marge cible de 22-26 mmol/L.

Adapter la restriction protidique

  • La prise en charge alimentaire de l’acidose métabolique offre une alternative intéressante pour améliorer l’équilibre acido-basique de l’insuffisant rénal.
  • La restriction des protéines a initialement été menée via le régime LPD ( low-protein diet ) visant un apport en protéines de 0,6-0,8 g/kg/j. Cependant, les approches les plus récentes permettent de limiter parallèlement le risque de dénutrition associé à cette restriction en distinguant la nature des protéines et en imposant une proportion d’au moins 50% de celles d’origine végétale. Des régimes à 0,3 g/kg/j, dits VLDP ( very low-protein diet ), limitent a fortiori le risque de toxicité urémique. Ils sont alors associés à une supplémentation par céto-analogues (Ketostéril ® ) ou un mélange d’acides aminés (histidine, lysine, thréonine, tryptophane).
  • Les fruits et légumes ont un fort pouvoir alcalinisant : ils favorisent  l’augmentation du pH et du taux de bicarbonates. Il a été décrit qu’un régime riche en fruits et légumes permettait aussi de ralentir la vitesse de dégradation de la fonction rénale en limitant notamment les mécanismes adaptatifs délétères pro-fibrosants. Il est également intéressant de noter que le risque d’hyperkaliémie potentiel lié à un régime riche en potassium ne semble pas se présenter ici, le transfert des ions K+ vers le milieu intracellulaire étant favorisé par l’effet alcalinisant du régime. Cependant, il convient d’être prudent, la plupart des études menées sur le sujet ayant exclu les patients à risque d’hyperkaliémie.
  • Un régime alimentaire adapté bien conduit et correctement suivi peut donc constituer une alternative efficace et sûre pour lutter contre l’acidose métabolique et ses complications.