Insecticides domestiques : risque cardiovasculaire associé aux pyréthroïdes

  • Bao W & al.
  • JAMA Intern Med
  • 30 déc. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Selon le suivi à 14 ans d’une cohorte représentative de la population générale américaine, les personnes chez qui le taux urinaire de métabolites pyréthroïdes appartient au tertile le plus élevé ont un risque accru de décès toutes causes confondues mais surtout de décès d’origine cardiovasculaire par rapport à celles qui ont un taux appartenant au tertile le plus faible.

  • Ces données issues d’une cohorte observationnelle doivent être confirmées par des études permettant d’établir ce possible lien de causalité.

Les insecticides pyréthroïdes sont largement utilisés dans la lutte antivectorielle (moustiques, poux, puces, tiques…), notamment parce qu’ils ont une toxicité aiguë limitée chez les mammifères. Cependant, l’impact de l’exposition chronique à ces produits n’est pas totalement connu. Afin de mieux comprendre les liens entre ces produits et le pronostic des personnes exposées de façon chronique, des chercheurs américains ont analysé les données de suivi d’adultes ayant participé à l’étude NHANES (sujets de plus de 20 ans, analyse limitée à ceux sans pathologie cardiovasculaire ou tumorale à l’inclusion).

Trois fois plus de risque de décès cardiovasculaire après ajustement

Durant le suivi médian de 14,4 ans, 246 décès sont survenus parmi les 2.116 patients (âge moyen 42,6 ans, 51,6% de femmes), dont 41 associés à une maladie cardiovasculaire et 52 à une pathologie cancéreuse.

Le dosage de l’acide 3-phénoxybenzoïque (3PBA), un métabolite urinaire illustrant l’exposition aux pyréthroïdes, a été réalisé initialement afin de catégoriser les patients en tertile : la fréquence des décès toutes causes confondues était de 8,5%, 10,2% et 11,9% parmi les patients appartenant au tertile bas, intermédiaire et élevé respectivement. Ainsi, le risque associé chez les sujets du tertile élevé était 56% plus élevé que celui du tertile le plus bas, une fois les données ajustées largement (âge, sexe, origine ethnique, taux de créatinine urinaire, habitudes hygiénodiététiques, niveau d’éducation…) ( hazard ratio HR 1,56 [1,08-2,26]).

De même, après ajustement complet, le risque de décès d’origine cardiovasculaire était trois fois plus élevé parmi les sujets du tertile élevé que parmi ceux appartenant au tertile le plus bas : HR 3,00 [1,02-8,80].

Aucun lien n’était observé entre taux urinaire de 3PBA et risque associé de cancer. Par ailleurs, les données après stratification suggèrent que les personnes obèses ont un risque de décès toutes causes confondues élevé par rapport à celles non obèses.

L’âge relativement faible de la cohorte (57 ans en moyenne à l’issue du suivi) et l’existence de facteurs de confusion non identifiés restent deux limitations spécifiques à l’interprétation de ces résultats. Issus d’une étude observationnelles, ils devront être validés par ailleurs.