Inhibiteurs de check-points immunitaires : est-ce une bonne idée pour les sujets âgés ?

  • Eur J Cancer

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

Des chercheurs lyonnais se sont interrogés sur l’importance de l’immuno-sénescence sur l’efficacité de la réponse aux inhibiteurs de check-points immunitaires (ICI). Pour cela il ont réalisé une étude rétrospective afin d’évaluer l’impact de l’âge sur les critères cliniques et la tolérance de l’administration d’un ICI seul (anti-PD-L1 ou anti-CTLA-4) en fonction de l’âge. À vrai dire, il s’agit de la première étude rapportant l’efficacité et la tolérance d’un traitement anticancéreux utilisant un ICI seul à long terme et en vrai vie. Plus de 400 patients ayant différents types de tumeurs ont été inclus. Les résultats à long terme montrent que l’efficacité et la tolérance desICI utilisés seuls ne sont pas modifiées par l’âge, et ce même après ajustement sur des facteurs pronostiques essentiels comme le type de tumeur et l’état général du patient. Ces résultats suggèrent qu’un ICI seul peut être proposé aux sujets âgés souffrant de cancer dans les mêmes conditions que pour les plus jeunes.

Pourquoi cette étude est-elle intéressante ?

La toxicité de la plupart des traitements anticancéreux par voie systémique est augmentée chez les sujets âgés et fragiles, ce qui ne permet pas d’utiliser les traitements de manière optimale et conduit à un pronostic péjoré. Les sujets âgés inclus habituellement dans les études cliniques pivots sont très sélectionnés. Les analyses présentées ici sont basées sur des données en vraie vie, avec plus de 30% de sujets de plus de 70 ans. Elles apportent ainsi un recul sur l’efficacité et la toxicité de ces traitements chez ces sujets souvent fragiles.

Méthodologie

Il s’agit d’une étude rétrospective de série menée en « vraie vie ». Les patients souffrant de divers types de cancer, quel que soit leur âge et traités par un agent ICI unique ont été inclus dans les analyses. Au total 410 patients ont été inclus (435 lignes de traitements, dont 150 (34%) chez des sujets de 70 ans et plus). Les analyses ont porté sur les individus

Une survie globale, une survie sans progression et une tolérance similaires quel que soit l’âge

L’âge moyen de la population des moins de 70 ans était de 61 ans, et l’âge moyen des sujets de 70 et plus de 75 ans. Respectivement 20% et 80% des moins de 70 ans avaient été traités par anti-CTLA-4 et anti-PD-L1, versus 14% et 86% des ≥70 ans.

Parmi les patients, 74% étaient atteints d’un cancer primitif du poumon, 19% d’un mélanome, 27,7% d’un cancer urologique. La plupart des patients avaient reçu un anti-PD-L1 (82%). La proportion des individus ayant un score de Performance Status ≥2 était similaire entre les deux groupes (26% pour les

La survie globale à 2 ans des sujets de 70 ans et plus était de 30% contre 22% pour les moins de 70 ans, p=0,49. La survie à 6 mois sans progression atteignait 35% pour les plus âgés versus 10% pour les plus jeunes, p=0,13. Sous anti-CLTA-4 et anti-PD-L1, un score de Performance Status ≥2 était un facteur prédictif indépendant d’une diminution de la survie globale et d’une survie sans progression.

La proportion de patients ayant déclaré des effets indésirables graves en lien avec l’immunité (grade 3 et 4) n’était pas significativement différente entre les deux groupes (12% chez les moins de 70 ans versus 11% pour les 70 ans et plus).

Principales limitations

Étude rétrospective, et bien que l’étude soit de grande envergure, le nombre de sujet âgés inclus et le nombre d’événements graves rapportés au sein de cette population restent limités.