[INFOGRAPHIE] - COVID-19 et cancer : évolution des patients du Centre Gustave Roussy lors de la première vague


  • Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir

Le centre anticancéreux Gustave Roussy a poursuivi 2 objectifs durant la première vague de COVID-19 en France : maintenir un environnement sécurisé pour les soins aux patients traités pour cancer et adapter les capacités d’hospitalisation des patients souffrant de cancer et malades du COVID-19. Durant cette période 70,2% des 178 premiers patients pris en charge pour COVID-19 ont été hospitalisés, 26,4% se sont aggravés et 17,4% sont décédés. Après analyse multivariée, seul un score ECOG ≥2 lors de la dernière visite était un critère déterminant de risque d’aggravation ou de décès durant la première vague de COVID-19. 

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Les patients souffrant de cancer sont à risque de COVID-19 grave compte tenu de l’immunodépression induite par la situation clinique et les traitements. Il était donc intéressant de déterminer des critères de risque spécifiques.

Principaux résultats

Au total, 178 patients adultes souffrant de cancer, et pris en charge au centre Gustave Roussy entre le 24 mars 2020 et le 29 avril 2020, ont été inclus dans les analyses (57,3% de femmes, âge médian 61 ans, IMC médian 25kg/m2). Parmi eux, 156 avaient une tumeur solide, 20,5% un cancer du sein, 14,7% un cancer gynécologique, 14,1% un cancer de la tête et du cou, 13,5% un cancer gastro-intestinal et 12,8% un cancer génito-urinaire.

À la dernière date de suivi, 39,3% étaient en rémission ou avaient une tumeur localisée et 60,7% un cancer de stade localement avancé ou métastatique. Le score ECOG (Eastern Cooperative Oncology Group) était de 0-1 pour 73% des patients lors des dernières mesures réalisées.

70,2% des patients de la cohorte étaient hospitalisés pour COVID-19, avec un délai médian entre les premiers symptômes et l’admission de 4 jours. La durée médiane de séjour hospitalier était de 10 jours. Les traitements du COVID-19 comprenaient une association hydroxychloroquine-azithromycine (25,4%), une association lopinavir-ritonavir (2,9%), le tocilizumab (5,6%), des corticoïdes (11,9%). Parmi ces patients, 51,4% ont reçu un traitement par anticoagulant (principalement en préventif, mais également dans un quart des cas en curatif).

Au 6 mai 2020, soit après un délai médian de suivi de 23 jours, 47 sujets sur les 178 s’étaient aggravés (26,4%) ou étaient décédés (17,4%). Le délai médian entre l’apparition des premiers symptômes et l’aggravation était de 7 jours. Ainsi, le taux de survie globale était de 82% et le taux de survie sans aggravation à 21 jours était de 73,7%. Parmi les patients qui se sont aggravés et qui ont dû être transférés en unité de soins intensifs, quatre patients sur cinq avaient été traités par un cytotoxique au cours des 3 derniers mois et étaient en rémission ou avaient une tumeur localisée, et un sur cinq avait un cancer localement avancé ou une tumeur métastatique. Les traitements par immunothérapie ou hormonothérapie n’avaient pas d’impact sur l’évolution du patient. En analyse univariée, l’âge de plus de 70 ans, le tabagisme, la présence d’une maladie métastatique, un traitement par chimiothérapie cytologique dans les 3 derniers mois et le score ECOG ≥2 étaient des facteurs de risque d’aggravation ou de décès.  En analyse multivariée, seul le score ECOG ≥2 persistait comme facteur de risque. L’évaluation à un mois a montré que 75% des personnes étaient toujours fatiguées, 42% déclaraient des dyspnées et 30% de la toux. Pour 29% des patients de la cohorte, le COVID-19 n’a pas eu d’impact sur la prise en charge thérapeutique du cancer, pour 41% le diagnostic de COVID-19 a eu pour conséquence un retard de prise en charge du traitement du cancer (valeur médiane 20 jours) et 30% ont eu une adaptation de leur traitement anticancéreux.