Infertilité et troubles du comportement alimentaire

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une étude française a comparé le comportement alimentaire et la sexualité de femmes consultant un service de procréation médicalement assistée (PMA) pour infertilité ovulatoire ou inexpliquée. Les résultats soulignent que :

  • 54% des femmes consultant ce service de PMA souffraient ou avaient souffert de trouble du comportement alimentaire (TCA),
  • Les femmes souffrant ou ayant souffert de TCA déclaraient significativement plus de troubles physiques impactant leur sexualité.

Pourquoi ces données sont-elles intéressantes ?

Des causes psychologiques peuvent conduire à des TCA et à une infertilité. Par ailleurs, les TCA impactent la fertilité, via notamment la leptine qui est produite par les tissus adipeux et qui joue un rôle central dans la reproduction. Mieux comprendre les relations entre troubles du comportement alimentaire et fertilité permettra de mieux accompagner les femmes concernées.

Méthodologie

L’étude a inclus des femmes consultant le service de PMA de l’Institut Mutualiste Montsouris de Paris pour infertilité ovulatoire ou inexpliquée.  Elle avait pour objectif de comparer la sexualité des femmes souffrant de TCA ou ayant souffert de TCA cliniques ou subcliniques à celles qui n’en avaient pas souffert. 

Plusieurs questionnaires ont été administrés aux participantes pour évaluer les troubles du comportement alimentaire (Eating Disorder Examination Questionnaire – EDE-Q ; ED Whole Life Research Questionnaire), la sexualité (Brief Index of Sexual Functioning for Women – BIS-W), ainsi que l’anxiété et la dépression (via l’échelle HADS - Hospital Anxiety and Depression) et l’échelle Kansas Marital Satisfaction (KMSS).

Principaux résultats

Au total, 61 femmes ont été incluses dans l’étude. Parmi cette population, 72,1% ont reçu un diagnostic d’infertilité inexpliquée. La plupart des patientes étaient issues d’un milieu socio-économique élevé. L’infertilité durait en moyenne depuis 40 mois pour celles qui étaient au préalable sous contraceptifs. L’IMC moyen de la population était de 22,5 kg/m2 (8 patientes avaient un IMC <18 kg/m2 dont 6 qui avaient des antécédents de TCA et une qui souffrait de TCA au moment de l’étude).

La population globale a été sous-divisée en quatre groupes : groupe sans TCA (45%, n=28), groupe TCA actuel ou passé (54%, n=33), groupe TCA actuel (21%, n=13), groupe antécédent de TCA clinique (20%, n=31). Sur l’ensemble des femmes, 8% avaient un trouble dépressif probable et 21% un trouble anxieux probable. 

En termes de sexualité, 51% des femmes ont rapporté avoir une diminution marquée de leur sexualité, 33% une perte d’intérêt pour la sexualité, 31% une perte de sentiment d’excitation et 21% considéraient la sexualité comme moins satisfaisante. Environ 2 femmes sur 10 mentionnaient des désirs homosexuels, mais seulement 3% rapportaient avoir déjà eu des expériences homosexuelles. Aucune différence n’a été mise en évidence sur ces variables entre celles qui avaient (eu) ou non des troubles du comportement alimentaire.

Après ajustement sur la dépression, et bien que la fréquence des rapports sexuels étaient similaires entre les deux groupes de femmes, celles qui souffraient de TCA rapportaient significativement plus que les autres de troubles physiques à titre d’anorgasmie, de vaginisme et de maux de tête ayant un retentissement sur leur sexualité.

Environ 10% des femmes avec TCA actuels ou passés ont déclaré n’avoir eu aucun rapport intravaginal au cours du dernier mois.