Infections nosocomiales : les bactéries hautement résistantes sous haute surveillance

  • Maugat S et al.
  • BEH juillet 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Le bilan des signalements d’infections nosocomiales (SIN) à Santé Publique France montre que ces déclarations sont en augmentation. Cette évolution souligne une adhésion croissante des établissements de santé à ce dispositif avec les années, et doit encourager à poursuivre les actions de formation en ce sens.

Reposant sur des critères de rareté et de gravité, le SIN a permis de détecter précocement et de suivre l’apparition de nouvelles émergences en France. Il a conduit à l’émission de recommandations et à la mise en place de nouvelles réglementations qui se sont avérées efficaces. Cependant, le signalement des infections impliquant des bactéries multirésistantes (BMR), des bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe) et des infections à Clostridium difficile est en constante augmentation, soutenu majoritairement par les infections liées à des BHRe. Ce constat a conduit l’autorité de santé à créer un outil de signalement spécifique à ce type d’infection. Disponible depuis septembre 2017, il sensibilise les établissements de santé à la gestion des patients porteurs de ces souches et à la prévention des transmissions croisées.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Le signalement des infections nosocomiales par les établissements de santé a été mis en place en 2001. Dans le BEH du 17 juillet 2018, Santé Publique France dresse un bilan de l’ensemble des SIN reçus depuis la mise en place du dispositif et analyse leur évolution de façon à apprécier l’impact des réglementations et recommandations de prise en charge. La part des BMR, des BRHe et des Clostridium difficile est analysée.

Méthodologie

Les SIN qui impliquaient une BMR comprenaient les infections à Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), les entérobactéries résistantes aux céphalosporines de 3génération (EC3gR), majoritairement productrices de bêta-lactamase à spectre étendu (EBLSE), Acinetobacter baumannii,résistant aux carbapénèmes (ABRI), et Pseudomonas aeruginosa résistant aux carbapénèmes ou multirésistant (PARI).

Ceux impliquant des BHRe comprenaient les infections à Enterococcus faecium résistant aux glycopeptides (ERG) ou impliquant une entérobactérie productrice de carbapénèmase (EPC).

Résultats

  • Entre l’origine du dispositif en juillet 2001 et septembre 2017, 23.012 SIN ont été déclarés. Ils représentaient 100.658 patients infectés ou colonisés à la date du SIN. Leur nombre a régulièrement augmenté au cours de cette période, ainsi que le nombre d’établissements de santé ayant signalé. 
  • Les infections les plus courantes concernaient le tractus digestif  (39% des SIN) en lien avec des colonisations et infections digestives à BHRe et d’infections à C. difficile. Elles étaient suivies par les infections et colonisations pulmonaires (20%), les infections urinaires (12%) et les bactériémies (12%).
  • Concernant les germes incriminés, les plus fréquemment rapportés étaient les entérobactéries (30,9%, dont 8% d’EC3gR et 81% d’EPC), les Enterocoques (9,4%),Acinetobacter baumanii (6%) et Staphylococcus aureus (8,3%). Les virus étaient impliqués dans 9,5% des SIN.
  • Les BMR, BRHe et C. difficile étaient impliquées dans 46,1% des SIN. Les BHRe étaient de loin les plus représentées (25%), suivies par les BMR (13,3%) puis les infections à C. difficile (7,1%). Santé Publique France relève une constante augmentation des cas déclarés dans lesquels ces bactéries sont impliquées, puisqu’ils ne représentaient que 2,5% des SIN en 2001, mais 66% en 2016.
  • Les SIN impliquant une BHRe ont fortement augmenté à partir de 2012 rendant compte pour une bonne part de l’augmentation totale des cas d’infection à germes résistants. Ils représentaient à eux seuls 50,1% des SIN effectués au cours des 9 premiers mois de 2017, notamment du fait des épidémies d’EPC.