Infection urinaire : les risques d’une antibiothérapie retardée pour le sujet âgé...

  • Gharbi M & al.
  • BMJ
  • 27 févr. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les plus de 65 ans présentant un diagnostic d’infection urinaire en ambulatoire auraient un risque accru de bactériémie dans les 60 jours suivants s’ils n’ont pas reçu d’antibiothérapie ou si celle-ci a été retardée, en comparaison de ceux ayant été traités immédiatement. Ce résultat serait aussi assorti d’un risque accru d’hospitalisation et de mortalité toutes causes confondues.

Ce résultat, issu d’une étude britannique en population, montre l’importance du risque associé à un retard de prise en charge de l’infection urinaire chez des sujets âgés. Pour autant, un certain nombre de limitations, évoquées par les auteurs comme par l’éditorial accompagnant l’article, incite à une certaine prudence : cette étude ne permet pas de confirmer la causalité entre le retard ou l’absence d’antibiothérapie et la survenue des évènements ultérieurs de morbimortalité. Par ailleurs, le doute concernant le diagnostic ou la grande vulnérabilité de certains patients peuvent être des arguments légitimes pour retarder l’initiation de l’antibiothérapie. A minima, les auteurs suggèrent que la vulnérabilité décrite par l’épidémiologie des hommes et des plus de 85 ans par rapport à ce risque de complications motive la prescription d’antibiotiques en cas d’infection urinaire.

Méthodologie

Cette étude rétrospective a été menée à partir des données de registres britanniques de santé prises en compte entre 2007 et 2015. Tous les patients de 65 ans et plus et ayant consulté un médecin généraliste pour une infection urinaire suspectée ou confirmée ont été identifiés. Les auteurs ont recherché les prescriptions d’antibiothérapie immédiate, retardée (dans les 7 jours) et les sujets n’ayant pas reçu d’antibiotiques dans les 7 jours. Enfin, le pronostic a été analysé : le critère principal d’évaluation était la survenue d’une bactériémie dans les 60 jours suivant le diagnostic initial d’infection urinaire.

Principaux résultats

  • L’analyse a été menée à partir de 312.896 épisodes distincts diagnostiqués chez 157.264 personnes (âge moyen 76,7 ans, 78,8% de femmes, 28,9% présentant un niveau socio-économique bas, 24,2% un indice de comorbidité de Charlson égal ou supérieur à 1).
  • L’antibiothérapie avait été retardée pour 6,2% des patients et aucune antibiothérapie n’avait été prescrite dans les 7 jours pour 7,2% d’entre eux. Parmi tous les sujets traités, 73,8% avaient reçu du triméthoprime et 19,1% de la nitrofurantoïne.
  • Au total, 1.539 épisodes de bactériémie ont été identifiés dans les 60 jours suivant le diagnostic d’infection urinaire, soit un taux de 2,9% pour ceux sans prescription et 2,2% pour ceux dont l’antibiothérapie avait été différée, contre 0,2% pour ceux traités immédiatement (p versus l’antibiothérapie immédiate. Ainsi, le nombre de personnes à risque de bactériémie est de 1 pour 37 et 1 pour 51 personnes traitées en différé ou non traitées par antibiotiques.
  • Le risque d’hospitalisation était de 27,0% et de 26,8% pour les groupe sans antibiotique ou avec antibiothérapie différée, contre 14,8% pour les sujets traités immédiatement, assorti d’une durée de séjour significativement plus longue.
  • Enfin, 2,0% de l’ensemble des patients sont décédés dans les 60 jours, soit 5,4% dans le groupe sans antibiotique, contre 2,8% et 1,6% dans les groupes ayant reçu des antibiotiques en différé ou immédiatement.

Financement

L’étude a été financée par des fonds publics britanniques.