Infection sur prothèse : réduire l’antibiothérapie à 6 semaines peut faire courir des risques selon l'étude DATIPO

  • Bernard L & al.
  • N Engl J Med

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages principaux

  • Face à une infection sur prothèse articulaire (genou, hanche), traitée chirurgicalement, une antibiothérapie limitée à une durée de 6 semaines ne remplirait pas le critère de non-infériorité par rapport à une antibiothérapie de 12 semaines, que ce soit en termes d’infection persistante ou d’effets indésirables. 

 

Si les recommandations nationales préconisent une durée de traitement antibiotique comprise entre 6 semaines et 3 mois dans le cas d’une infection prothétique, les critères de décision ne sont pas clairement établis. Or des études récentes suggèrent qu’une durée plus courte pourrait aider à réduire la durée d’hospitalisation et la fréquence des évènements indésirables. Une étude randomisée multicentrique française a donc été initiée pour comparer objectivement deux durées de traitement.

Méthodologie

DATIPO (Duration of Antibiotic Treatment in Prosthetic Joint Infection) est une étude multicentrique conduite auprès de patients adultes admis pour infection sur prothèses dans l’un des 28 centres participants entre novembre 2011 et janvier 2015. La nature du traitement antibiotique probabiliste et l’antibiothérapie (ATB) après résultats microbiologiques étaient choisis par les praticiens, sur la base des recommandations françaises ou américaines, mais ils ne décidaient pas de la durée (6 ou 12 semaines) choisie par randomisation. Le suivi était maintenu 2 ans.

Principaux résultats

Dans cette étude, 410 patients ont été recrutés (68% d’hommes, 69 ans en moyenne). La durée moyenne d’évolution des signes infectieux avant la prise en charge chirurgicale était de 17,5 jours. La prise en charge chirurgicale avait principalement consisté en un lavage articulaire (41,3%), un changement prothétique en 1 ou 2 temps (37,1% et 21,5%). Les antibiotiques probabilistes les plus prescrits en relais étaient la rifampicine et les fluoroquinolones.

Une infection persistante est survenue chez 35 des 193 patients (18,1%) dans le groupe de 6 semaines et chez 18 des 191 patients (9,4%) dans le groupe de 12 semaines (différence de risque, 8,7 points de pourcentage [1,8-15,6]). La non-infériorité n'a donc pas été démontrée. La non-infériorité n'a pas non plus été démontrée dans les analyses per-protocole et de sensibilité. Nous n'avons trouvé aucune preuve de différences entre les groupes en ce qui concerne le pourcentage de patients dont le traitement a échoué en raison d'une nouvelle infection, d'un échec probable du traitement ou d'événements indésirables graves.

Un échec thérapeutique (infection persistante, critère principal d’évaluation) était observé chez 18,1% des patients sous ATB 6 semaines contre 9,4% sous ATB 12 semaines. Les critères de non-infériorité n’étaient pas vérifiés, y compris après ajustement sur les variables à partir desquelles les patients ont été stratifiés lors de la randomisation. Aucune analyse en sous-groupe n’a permis d’identifier des profils pour lesquels une durée plus courte pourrait conduire à un critère principal d’évaluation non inférieur à une durée de 12 semaines d’ATB.

Parallèlement, la durée d’hospitalisation avait été identique dans les deux groupes (14 jours et 13 jours respectivement), tandis que les évènement indésirables sérieux étaient aussi nombreux durant le suivi dans les deux groupes, les évènements non graves étant plus fréquents dans le groupe ATB 12 semaines (59,7% vs 47,3%).