Implantation des biosimilaires en ville : c’est l’hôpital qui a les cartes en main !


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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Le dernier périodique « Etudes&Résultats » publié par la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) fait le point sur l’implantation des biosimilaires et le rôle joué par l'hôpital. 

En 2018, 17 des 50 molécules au plus fort chiffre d’affaires en ville étaient des médicaments biologiques. Ces derniers représentent 21,3% du chiffre d’affaires hors taxe (CAHT) en ville, du fait de tarifs de commercialisation beaucoup plus élevés que ceux des médicaments non biologiques.

Les biosimilaires sont des équivalents moins chers de médicaments biologiques et représentent une importante source d’économies pour l’Assurance maladie. Pourtant, ils peinent à percer en ville avec seulement 25% de part de marché lorsque ces alternatives existent.

Ceci est notamment lié à leur commercialisation récente et au fait que, contrairement aux médicaments génériques, le pharmacien de ville ne peut pas substituer un médicament au sein d’un groupe biologique similaire. Il ne peut délivrer un biosimilaire que si celui-ci est précisément indiqué sur l’ordonnance. Ceci est lié au fait que les substances actives des médicaments biologiques sont des molécules plus complexes que celles des médicaments conventionnels, généralement obtenues par simple synthèse chimique. De fait, un biosimilaire n’est pas strictement identique au médicament biologique de référence.

L’hôpital étant le premier prescripteur de biosimilaires, c’est lui qui influence leur consommation en ville car la prescription initiée à l’hôpital est généralement reconduite à l’identique. En effet, même si le médecin de ville peut modifier la prescription hospitalière, cela implique d’informer le patient et d’avoir son accord, d’assurer une surveillance clinique appropriée et d’assurer une traçabilité sur les produits concernés. Il aura donc tendance à poursuivre le traitement initié à l’hôpital.

Les biosimilaires étant considérés équivalents entre eux d’un point de vue thérapeutique, le critère de choix des hôpitaux est donc en théorie uniquement financier. L’établissement prescrit le médicament biologique ou le biosimilaire pour lequel il a négocié le meilleur prix, sans tenir compte du tarif de ces médicaments en ville. En effet, les hôpitaux négocient eux-mêmes, ou à travers des groupements d’achats, le prix des médicaments dont ils ont besoin pour leur fonctionnement alors qu’en ville, les médicaments sont soumis à un prix unique et fixe, négocié entre le Comité économique des produits de santé (CEPS) et les laboratoires. Il est donc tentant pour les laboratoires de proposer des tarifs bas à l’hôpital pour s’implanter sur le marché de ville.

Face à cette situation, un mécanisme incitatif financier a été créé en 2018 afin de rémunérer les établissements hospitaliers qui prescrivent un médicament biosimilaire en PHMEV (prescription hospitalière de médicaments exécutée en ville) pour certains groupes définis par arrêté. Ce dispositif porte sur l’etanercept, l’insuline glargine et l’adalimumab. Pour chaque unité prescrite à l’hôpital et délivrée en ville, et pour chaque prescription en ville renouvelée à la suite de cette prescription hospitalière, une rémunération à hauteur de 20% de la différence de prix entre le biosimilaire et le médicament biologique de référence est versée. Une expérimentation a été lancée en octobre 2018 dans certains établissements sur ces mêmes molécules afin de prolonger le dispositif précédent en rendant l’incitation financière plus forte avec une rémunération s’élevant à 30% du différentiel de prix. En ville, il n’existe pour l’instant qu’un seul mécanisme incitatif pour l’insuline glargine : un indicateur de la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP) des médecins libéraux définit ainsi pour cette molécule un objectif cible de 20 % de prescriptions de biosimilaires.

L’avenir nous dira si toutes ces mesures porteront leurs fruits…