Impact sur l’enfant de l’exposition à la pollution atmosphérique durant la grossesse : une affaire de trimestre ?

  • Ouidir M & al.
  • Int J Environ Res Public Health

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

De nombreuses études ont évalué l’association potentielle entre exposition maternelle durant la grossesse à la pollution atmosphérique et modification du poids à la naissance. Les résultats sont cependant très hétérogènes. Les différentes méthodes utilisées pour quantifier l’exposition, ou la croissance fœtale, peuvent avoir contribué à ces écarts.

Une méthode robuste de plus en plus utilisée dans les études épidémiologiques mais encore rarement pour évaluer l’impact de l’exposition à la pollution atmosphérique durant la grossesse a été utilisée pour l’étude présentée ici.

Les résultats de celle-ci soulignent que si aucune association significative n’a pu être mise en évidence entre l’exposition maternelle aux polluants durant l’intégralité de la grossesse et le poids de l’enfant à la naissance, en revanche, des associations existent lorsque les analyses sont réalisées trimestre par trimestre. Ainsi, une exposition de la mère aux polluants atmosphériques durant le premier trimestre serait associée à une augmentation du poids de naissance, alors qu’une exposition aux second et troisième trimestres serait associée à une diminution du poids de naissance.

Méthodologie

Une approche statistique robuste a permis d’estimer l’association entre l’exposition aux particules fines PM2,5 (inférieures à 2,5 micromètres), PM10 (inférieures à 10 micromètres) et au dioxyde d’azote (NO2) grâce à un modèle d’exposition spatio-temporelle.

Principaux résultats

Au global, les données de 13.334 femmes de la cohorte longitudinale ELFE exposées à des particules fines durant leur grossesse ont été évaluées. La plupart d’entre elles (60%) avaient un niveau universitaire, 95% étaient en couple, 20% fumaient durant leur grossesse. Environ 30% vivaient dans des zones socialement défavorisées et 28% en zone rurale. Le poids moyen à la naissance était de 3.363 g, et la durée moyenne de grossesse de 40 semaines. Les niveaux moyens de pollution estimés étaient de 17,3 microgrammes/m3pour les PM2,5, 24,5 microgrammes/m3 pour les PM10 et 20,0 microgrammes/m3 pour le NO2. Globalement, aucune association significative n’a été mise en évidence entre l’exposition maternelle durant la grossesse et le poids de naissance de l’enfant si l’on considère la grossesse dans son intégralité. En revanche, des différences apparaissaient lorsque les analyses étaient réalisées pour chaque trimestre.

L’exposition aux particules fines durant le premier trimestre de grossesse a été associée à une augmentation du poids de naissance de 45,9g, 42,3g et 18,4g respectivement pour toute augmentation de 5 microgrammes d’exposition aux PM2,5 et PM10, et pour toute augmentation de 10 microgrammes d’exposition au NO2

Une exposition à la pollution atmosphérique au second semestre de grossesse a en revanche, été associée à une diminution du poids de l’enfant à la naissance de 17,1 g, 18,0 g et 15,9 g respectivement pour toute augmentation de la concentration en PM2,5, PM10 de 5 microgrammes/m3 et de 10 microgrammes/m3 de NO2.

Une exposition à la pollution atmosphérique au 3ème trimestre (en considérant le terme à 37 semaines) a été associée également à une diminution de 48,1 g et 38,1 g pour PM2,5 et PM10 et 14,7g pour NO2.

L’effet de l’exposition à la pollution sur le poids du nourrisson était plus important en milieu rural. Si l’on ne prend en compte que le 3ème trimestre (avec un terme considéré à 37 semaines) et l’exposition aux particules fines PM2,5, l’exposition de la mère à la pollution atmosphérique était associée à une diminution moyenne de 30,0g, 45,6g et 69,3g du poids de l’enfant à la naissance, respectivement lorsqu’elles résidaient dans le centre d’une ville de taille importante, en zone suburbaine ou en zone rurale. Les tendances étaient similaires pour les PM10 et le NO2.