« Il y a des patients qui ne seraient pas vaccinés si nous ne venions pas à leur domicile »

  • Anne-Gaëlle Moulun

  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales par Medscape
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Lyon, France — La vaccination reste parfois difficile d’accès pour les personnes âgées isolées vivant à domicile qui ont du mal à se déplacer. Pour aller vers ces populations, plusieurs dispositifs existent : des équipes mobiles, des transports sanitaires, des bus de vaccination ou encore la vaccination à domicile. Sur le terrain, le Dr Agnès Laville, médecin généraliste dans le Rhône, compte sur le soutien des infirmiers libéraux.

Des dispositifs pour « aller vers »

Brigitte Bourguignon, ministre chargée de l’Autonomie, a noté qu’un problème majeur freinait encore la vaccination des personnes âgées : « Les personnes âgées de plus 75 ans, en particulier celles isolées, notamment en milieu rural, prennent plus difficilement rendez-vous pour se faire vacciner et ne se déplacent pas facilement en centre-ville ». Pour pallier cette réalité, « des dispositifs « d’aller vers » ces personnes âgées ont été mis en place par le biais d’équipes mobiles, de transport sanitaire ou encore de vaccination à domicile. Les services à domicile ont également été mobilisés dans le cadre du protocole domicile publié au début du mois de mars 2021. L’Assurance maladie a, de son côté, mis en place un numéro de téléphone dédié pour que les aînés puissent prendre rendez-vous. Elle a envoyé des courriers et assure une campagne d’appels téléphoniques auprès de ces personnes fragiles pour les informer, les rassurer sur le vaccin et prendre avec elles un rendez-vous en centre de vaccination », détaille le ministère.

Un vademecum à destination des élus locaux recense les possibilités pour vacciner les personnes âgées résidant à domicile :

  • En proximité : elles peuvent se faire vacciner par leur médecin traitant ou leur pharmacien ;

  • À domicile : les infirmiers peuvent prescrire le vaccin et vacciner au domicile des personnes âgées depuis le 26 mars 2021 ;

  • Aide à la mobilité : après prescription médicale, le transport sanitaire vers et depuis le centre de vaccination est pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie ;

  • Mise en place de bus de vaccination et/ ou d’équipes mobiles : en lien avec leur agence régionale de santé (ARS), les élus peuvent solliciter les acteurs locaux et le centre de vaccination du territoire pour mettre en place une équipe mobile et/ou un bus de vaccination dans une zone à faible densité de population.

En Seine-Saint-Denis (93) par exemple, un bus départemental de vaccination contre la grippe a été mis en place (voir encadré pour d’autres exemples). En Charente-Maritime, une équipe mobile de vaccinateurs (13 médecins et 43 infirmiers) est venue renforcer le dispositif vaccinal depuis le mois de mars, en se rendant au domicile des personnes qui ne peuvent se déplacer dans un centre de vaccination, soit du fait d’une perte d’autonomie, soit du fait d’une pathologie invalidante.

Coopération médecins-infirmiers

Dans le Rhône, le Dr Agnès Laville, médecin généraliste à Simandres (69), travaille en binôme avec les infirmiers libéraux. « Nous vaccinons au cabinet depuis fin février avec le vaccin AstraZeneca. Nous sommes trois médecins au cabinet et nous travaillons avec des infirmiers libéraux. D’emblée, nous avons décidé de travailler en binôme pour la vaccination à domicile. C’est plus pratique d’être deux », estime-t-elle. Lorsqu’elle prévoit une session de vaccination à son cabinet, le Dr Laville met quelques doses de côté pour ses patients à domicile. « Une fois que le flacon est ouvert, on a 48 heures pour l’utiliser. On le transporte dans une sacoche isotherme », détaille-t-elle.

Les patients concernés sont généralement ravis de pouvoir être vaccinés chez eux. « En particulier les patients très âgés ou très isolés, ou un peu dans la précarité et qui ne veulent pas se déplacer du tout. Ils ne se seraient pas vaccinés si nous n’étions pas venus le faire à leur domicile », souligne le Dr Agnès Laville. « Ils ont confiance en nous et ne se seraient pas déplacés autrement. Certains étaient très réticents à la vaccination et nous les avons convaincus ». Pour elle, « le plus compliqué, c’est de devoir toujours compter les doses et d’avoir le bon nombre de personnes quand on les prépare. Un soir, il m’est arrivé de me rendre chez une personne de 95 ans car il me restait une dose. Elle était très contente car elle voulait que ce soit moi qui la vaccine ! ». « Le reste du temps, nous nous organisons bien avec les infirmiers. Nous avons une bonne coopération avec eux et cela nous facilite énormément la vie », souligne-t-elle.

Des vacci’bus pour aller à la rencontre des personnes isolées

Pour faciliter la vaccination des personnes âgées isolées, plusieurs villes ou départements ont décidé de mettre en place des « vacci’bus », des bus itinérants pour la vaccination contre le Covid. C’est le cas par exemple de Reims, dans la Marne (51), qui dès janvier 2021 a mis en place un Vacci’bus pour réaliser des tournées dans 48 villages du Grand Reims. Le département de Saône-et-Loire (71), met quant à lui à disposition un médecin et un infirmier dans un bus qui tourne dans 25 communes du département. Dans le Bas-Rhin (67), c’est le « vaccicar » qui a fait sa tournée à Strasbourg, Schiltigheim, Hoenheim, Mundolsheim et Molsheim, tandis que dans le Haut-Rhin (68), l'agglomération de Mulhouse (M2A) a fourni le bus et le groupe hospitalier régional de Mulhouse sud-Alsace (GHRMAS) a géré la logistique d'approvisionnement des vaccins.

Cet article a initialement été publié sur le site Medscape.