IEC, sartans et gliptines : attention aux angiœdèmes bradykiniques !


  • Fanny Le Brun
  • Actualités des médicaments
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Des cas d’angiœdèmes bradykiniques, pouvant avoir des conséquences graves, ont été rapportés chez des patients sous traitement  par antihypertenseurs de type inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) ou  antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA II ou sartans) ou par antidiabétiques de type gliptines. L’association de ces traitements augmente encore davantage ce risque.

Ces angiœdèmes (AE) sont liés à un défaut de dégradation de la bradykinine, car ces traitements médicamenteux inhibent des enzymes qui dégradent la bradykinine (enzyme de conversion et dipeptidylpeptidase).

Les angiœdèmes bradykiniques s’installent en quelques heures ou plusieurs jours. Ils se manifestent généralement sous forme d’œdèmes de l'hypoderme, non prurigineux, d’apparition brutale, localisés principalement au niveau du visage, de la langue ou des voies aériennes supérieures (30% d'atteinte laryngée si AE de la face). Ce type d’angiœdème doit être distingué de l’angiœdème médié par IgE : il est beaucoup moins fréquent, plus déformant, et non associé à une urticaire ou à d’autres manifestations évoquant une anaphylaxie.

L’AE bradykinique peut également être localisé au niveau de la muqueuse digestive et se présenter sous forme de douleurs abdominales d’intensités variées. Contrairement à l’AE par histaminolibération, il régresse spontanément malgré la poursuite du médicament en cause, c’est pourquoi l’hypothèse médicamenteuse n’est pas toujours envisagée. De plus, il peut apparaître quelques heures, mais aussi plusieurs années, après le début du traitement. Chez certains patients, une récidive est même possible dans les 6 mois suivant l’arrêt du médicament, ce qui peut compliquer le diagnostic. Le diagnostic d’AE bradykinique médicamenteux n’est donc pas facile à faire, d’autant qu’il n’existe pas de test diagnostique biologique rapide pour l’identifier.

Les crises peuvent devenir de plus en plus fréquentes et/ou de plus en plus sévères, avec un haut risque d’asphyxie en cas d’atteinte laryngée. Les professionnels de santé doivent donc être particulièrement attentifs à ce risque et prévenir les patients sous IEC, ARAII ou gliptines, des signes évocateurs devant les amener à consulter en urgence : gonflement de la face, des lèvres, de la langue ou de la gorge, ainsi que difficultés à avaler ou à respirer et/ou douleurs abdominales. L’apparition d’un AE bradykinique nécessite l’arrêt immédiat du traitement en cause et sa contre-indication à vie.