Hypertension artérielle gravidique : méthyldopa, nifédipine ou labetalol ?

  • Easterling T & al.
  • Lancet
  • 1 août 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

  • Les données d’une étude comparant de manière directe l’efficacité et la tolérance des trois antihypertenseurs administrés par voie orale et recommandés par l’OMS dans le cadre de la prise en charge de l’hypertension gravidique sont rassurantes.
  • Les résultats montrent que la méthyldopa, la nifédipine et le labétalol sont trois traitements efficaces et bien tolérés pour contrôler rapidement une hypertension durant la grossesse. La méthyldopa apporterait cependant un contrôle de la tension artérielle sans événements indésirables qui serait significativement supérieur à la nifédipine, et il n’y aurait pas de différence entre la nifédipine et le labétalol ou le labétalol et la méthyldopa.

Pourquoi cette étude est intéressante ?

L’hypertension artérielle est une complication fréquente de la grossesse et nécessite une prise en charge spécifique incluant bien souvent des traitements par voie injectable. Or, cette voie d’administration peut présenter des difficultés dans certains pays, il était donc intéressant de pouvoir comparer l’efficacité et la tolérance des formes orales recommandées par l’OMS.

Méthodologie

Cette étude multicentrique, randomisée, menée en groupes parallèles a comparé 3 antihypertenseurs sous forme orale chez des femmes enceintes (≥28 semaines de grossesse) et nécessitant une prise en charge pour hypertension artérielle gravidique sévère (PAS ≥160 mmHg ou PAS ≥110 mmHg).

Les patientes étaient randomisées pour recevoir par voie orale 10 mg de nifédipine, 200 mg de labéalol ou 1.000 mg de méthyldopa. Pour les deux premières molécules, la dose pouvait être augmentée. Le critère d’évaluation était le contrôle de la tension artérielle défini par une PAS entre 120 et 150 mmHg, une PAD entre 70 et 100 mmHg dans les 6 heures après la première administration sans survenue d’événements indésirables.

Principaux résultats

Au total, 298 femmes éligibles ont reçu de la nifédipine, 295 du labétalol et 301 de la méthyldopa. Une proportion significativement plus importante de femmes sous nifédipine que sous méthyldopa ont atteint un contrôle tensionnel sans événement indésirable (critère principal d’évaluation : 84% vs 76%, p=0,03. En revanche, le contrôle tensionnel sans événement indésirable (critère principal d’évaluation) était similaire entre les femmes sous nifédipine et sous labétalol (84% vs 77%, p=0,05), ainsi qu’entre les femmes traitées par labétalol et méthydopa (p=0,80).

Les femmes traitées par méthyldopa étaient plus susceptibles de recevoir un second antihypertenseur par rapport aux femmes sous nifédipine ou labetalol (19% versus 1%versus1%), et dans ce cas il s’agissait le plus souvent de la nifédipine. Un peu moins de la moitié des femmes sous nifédipine et labétalol ont reçu une seconde dose du traitement qu’elles avaient déjà reçu préalablement après un délai médian de 85 et 130 min respectivement. Le recours à un traitement antiypertenseur par voie injectable n’a été nécessaire que pour une seule patiente.

Sur l’ensemble de la cohorte suivie, des événements indésirables sont survenus pour 1% des naissances. Si l’incidence de la mortinatalité, de la morbi-mortalité néonatale n’était pas différente d’un groupe à l’autre, en revanche, une proportion significativement plus importante d’admission en unité de soins intensifs de néonatalogie a été observée dans le groupe traité par nifédipine par rapport aux deux autres groupes, et notamment pour un faible poids de naissance.

Principales limitations

Cette étude n’a pas été réalisée en double aveugle.