Hormone de croissance humaine recombinante : augmente-t-elle la mortalité à long terme ?

  • Sävendahl L & al.
  • Lancet Diabetes Endocrinol
  • 1 août 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Les résultats d’une étude européenne de large envergure, ayant évalué la mortalité à long terme suite à un traitement par hormone de croissance humaine recombinante durant l’enfance, viennent d’être publiés.

Ces résultats mettent en évidence une augmentation de la mortalité chez les individus qui avaient un risque a priori de mortalité déjà augmenté par rapport à la population générale. Il convient donc de surveiller étroitement ces sujets dans le temps.

En revanche, les résultats sont rassurants pour les sujets qui n’avaient pas de sur-risque initial de mortalité et qui présentaient un déficit isolé en hormone de croissance ou une petite taille idiopathique. En effet, chez ces sujets, un traitement par hormone de croissance humaine recombinante durant l’enfance n’a pas été associé à une augmentation de la mortalité toutes causes confondues.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

Cela fait plus de 30 ans que l’hormone de croissance recombinante est utilisée à travers le monde. Bien que des interrogations subsistent sur le risque de mortalité lié à ce traitement, peu de données robustes étaient disponibles jusqu’à présent. Les résultats présentés ici sont particulièrement intéressants car ils sont issus d’une cohorte de grande envergure et d’un suivi long.

Méthodologie

Les données proviennent d’un consortium européen intitulé SAGhE (Growth hormone treatments in Europe) qui regroupe 8 pays (France, Belgique, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Suède, Suisse et Royaume-Uni) et qui a évalué le bénéfice/risque de l’usage de l’hormone de croissance recombinante dans le temps. Les patients ont été classés en fonction de leur risque a priori de mortalité avant l’initiation du traitement. À titre d’exemples, les enfants qui avaient un risque de mortalité a priori modéré pouvaient avoir des carences hormonales (hormone de croissance et hormones hypophysaire), une maladie chronique pédiatrique grave, un syndrome clinique type syndrome de Turner, Noonan,…, et ceux qui avaient un risque a priori élevé de mortalité pouvaient avoir une insuffisance rénale chronique, une tumeur, avoir eu une transplantation d’organe solide ou de moelle osseuse,…

Principaux résultats

La cohorte comprenait 24.232 patients traités par hormone de croissance humaine recombinante durant l’enfance (soit plus de 400.000 patients-années de suivi) et le suivi a été assuré jusqu’à 25 ans. Parmi ces individus, 54,2% ont été classés comme ayant a priori un faible risque de mortalité, 29,7% un risque intermédiaire et 14,8% un risque élevé. Au global, 42,6% des sujets ont été inclus en France. La durée moyenne du suivi variait entre 15,4 et 17,2 ans en fonction des groupes.

Par rapport à la population générale, aucune différence de mortalité n’a été mise en évidence chez les individus qui avaient un faible risque de mortalité a priori, qui présentaient un déficit isolé en hormone de croissance ou une petite taille idiopathique. Dans ce groupe, les taux de mortalité étaient plus élevés chez ceux qui avaient reçu un traitement par hormone de croissance durant moins de deux ans et chez ceux qui venaient de terminer récemment leur traitement (

Les mêmes analyses, menées chez les enfants nés petits pour leur âge gestationnel, ont mis en exergue une augmentation significative de la mortalité toutes causes confondues de 50% par rapport à la population générale (risque de mortalité standardisé (RMS) 1,5 [1,1-1,9]). En revanche, ce résultat est largement tiré par la cohorte française (RMS 1,7 [1,2-2,4]) alors que la mortalité n’était pas significativement augmentée dans les autres pays (RMS 1,2 [0,8-1,9]). Aucune relation entre la dose journalière moyenne utilisée ou la dose cumulée et la mortalité n’a été retrouvée dans ce groupe. Par contre, la mortalité était multipliée par 2,7 pour ceux ayant été traités par les doses journalières les plus élevées. La durée du traitement n’a pas été associée au risque de mortalité, mais une augmentation du risque de mortalité a été identifiée dans les premières années suivant la fin du traitement.

Enfin, toujours par rapport à la population générale, les sujets qui avaient un risque modéré à élevé de mortalité a priori ont eu une mortalité significativement augmentée, celle-ci était respectivement multipliée par près de 4 pour les premiers et par 17 pour les seconds (RMS 3,8 [3,3-4,4] et 17,1 [15,6-18,7]). Les doses journalières ou cumulées d’hormone de croissance n’ont pas été associées au risque de mortalité pour ce groupe. Les maladies du système circulatoire ou hématopoïétique constituaient des causes spécifiques d’augmentation de la mortalité chez les patients traités par hormones de croissance quel que soit le niveau de risque a priori de mortalité.

Limitations

Manque de groupe contrôle non traité par hormone de croissance, ce qui est le cas également des autres études disponibles dans ce domaine.