Homicides sexuels : quels sont les profils des auteurs de ces crimes ? (2/3)

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Deux principaux profils – les sériels et non sériels- ont pu être mis en évidence à partir des données présentées dans l'article publié hier :

  • Les auteurs d’homicide sexuel sériels. Ces individus auraient été globalement plus exposés que les non-sériels à des comportements problématiques durant leur jeunesse, et en particulier à un plus jeune âge. Ils ont grandi dans un environnement familial chaotique caractérisé par la négligence parentale (carences alimentaires, surveillance déficiente,…), les violences psychologiques (insultes, menaces, humiliations,…) et l’exposition à des modèles inadéquats (psychiatriques, activités sexuelles,…). Ces conditions peuvent en partie expliquer l’émergence de troubles internalisés (sentiment de solitude, rêveries diurnes, faible estime de soi, phobies) et externalisés (comportements violents, voire criminels ou comportements non violents problématiques comme des mensonges chroniques, la consommation de drogues, la masturbation compulsive,…). 

Enfants, ils sont souvent rejetés par la communauté car stigmatisés du fait de la mauvaise réputation de leurs parents, et de leur apparence physique (tenues vestimentaires et hygiène dégradées), ils nourrissent un sentiment d’inadéquation et de n’être acceptés de personne. Ils s’investissent dans un monde de fantaisies sexuelles déviantes qui leur permet de gérer leurs émotions négatives. 

À l’âge adulte, les sériels ont souvent un comportement ambivalent : violents au quotidien au sein de leur couple (étranglement, comportements sexuels sadiques), ils passent inaperçus auprès de la communauté et de la police. Ils présentent les deux facettes du psychopathe sadique : un détachement émotionnel et des problèmes psychosexuels. 

Le crime semble motivé par la nécessité d’acter dans la réalité une fantaisie sexuelle d’homicide, sadique ou de viol. Dans l’année précédant l’homicide sexuel, les sériels ont été confrontés à des difficultés familiales, professionnelles, légales, qu’ils tentent de gérer par une consommation excessive d’alcool ou de drogues. Cette vie insatisfaisante les engage à s’investir massivement dans un monde de fantaisies où ils mettent en scène des agressions sexuelles. Des schémas auxquels ils se réfèreront lors du passage à l’acte. 

Dans les heures précédant celui-ci, ils ressentent de la colère. Ils préparent un kit (couteau, gants, cordelettes,…) et entrent en contact avec une cible qu’ils manipulent. Après le crime, ils prennent soin de faire disparaître les éléments pouvant mener à leur identification. Ils se mettent également ainsi en position de pouvoir procéder à un second homicide sexuel.

  • Les auteurs d’homicides sexuels non sériels ont quant à eux été exposés durant leur adolescence à des phénomènes de victimisation psychologiques (indifférence, dénigrement, rejet affectif), d’exposition à la violence conjugale. Ce sont des enfants turbulents, colériques, rebelles, violents, ayant des conduites délinquantes précoces. Leur comportement social est très chaotique. Ils sont solitaires, marginalisés, intolérants à la frustration, hostiles, alcooliques, colériques, violents, à la sexualité impersonnelle (recours aux services de prostituées, infidélités). Ce sont des antisociaux non sadiques, détachés émotionnellement, ayant un déficit d’habilités sociales, irresponsables, incapables de planifier à long terme de manière réaliste et impulsifs. Ils sont généralement connus du système judiciaire. 

Ils perçoivent souvent le monde comme dangereux et les femmes comme des provocatrices ou à qui il n’est pas possible de faire confiance. Ils agissent donc de manière impulsive lorsqu’une opportunité criminelle se présente. Ils sont souvent suspectés par la communauté qui les rejette à cause de leurs comportements déviants (alcool, violence,…). Dans l’année précédant le crime, ils sont souvent en grande difficulté socio-économique. Ils développent des émotions négatives (anxiété, frustration) car ils ont l’impression d’être traités de manière injuste. Leur crime est souvent impulsif, brutal, désorganisé, ce qui facilite souvent leur identification.

Un prochain article abordera le risque de récidive et la prise en charge thérapeutique de ces sujets.