Hésitation vaccinale : pourquoi tant de doutes ?


  • Marie Torre
  • Actualités Médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

La France reste le pays le plus sceptique au monde face à l’efficacité et à la sécurité des vaccins. (1) L’hésitation vaccinale, définie comme « le retard à l’acceptation ou le refus des vaccinations », a gagné du terrain. (2) Quelles sont les raisons de ce désamour et les leviers possibles pour une meilleure acceptation ?

 

Quand le manque de vaccination tue

Il existe un lien indiscutable entre hésitation à la vaccination et couverture vaccinale insuffisante, à l’origine d’infections, de séquelles et de décès qui auraient pu être évités. Ainsi, en France, il a été observé :

  • 298 cas d’infections invasives à méningocoque C (méningites ou septicémies) et 29 décès entre 2011 et 2016 chez des sujets âgés de 1 à 24 ans non vaccinés ;
  • Plus de 2.000 cas d’hépatite B entre 2006 et 2016 chez des sujets non vaccinés ;
  • Près de 30.000 cas de rougeole entre 2008 et 2019, dont 1500 pneumopathies graves, 43 complications neurologiques (encéphalites, myélites, Guillain-Barré) et 26 décès. (3,4)

Prendre la décision de se faire vacciner repose en partie sur la perception du risque infectieux. Néanmoins, il existe souvent dans la population une réelle méconnaissance des maladies ciblées par les vaccins. Et à mesure que la mémoire des grandes épidémies du passé s’estompe, la balance bénéfice/risque de la vaccination peut être remise en cause. (2,3)

 

Défiance envers les autorités de santé et diffusion d’informations anti-vaccinations

Cette hésitation vaccinale s’inscrit dans un contexte français où se succèdent depuis plus de 20 ans de multiples crises :

  • Crises sanitaires (hormone de croissance, sang contaminé, vache folle…) ;
  • Gestion défaillante de campagnes vaccinales (contre l’hépatite B, le virus H1N1, les HPV)… (2,3)

Le public, et parfois même les professionnels de santé, en sont arrivés à douter des autorités de santé, des laboratoires et même des experts scientifiques. (2,3,5) A cela s’ajoute la diffusion par les médias et réseaux sociaux d’informations anti-vaccinations, parfois influencées par un discours « complotiste » : rumeurs sur des effets indésirables sévères, polémiques autour de la composition des vaccins… (2,3)

 

Les freins structurels à la vaccination

L’organisation du système de vaccination français peut également contribuer au retard ou à l’oubli des vaccinations :

  • Parcours vaccinal peu simple, avec une démultiplication chronophage des différentes étapes (consultation initiale pour la prescription, commande, achat, stockage, consultation pour l’injection…) ;
  • Absence de vaccination dans l’enceinte des établissements scolaires, comme c’est pourtant le cas au Royaume-Uni ;
  • Recommandations vaccinales complexes, notamment avec la distinction entre vaccins recommandés et obligatoires ;
  • Absence d’un support standardisé et ergonomique qui permet à chacun de suivre ses vaccinations… (3,6)

 

Les leviers possibles pour améliorer l’acceptation vaccinale

Au niveau national, les prémices de la remobilisation des pouvoirs publics se sont traduites par la mise en place en 2018 des nouvelles obligations vaccinales chez l’enfant ou la création d’un site unique d’information destiné au grand public et aux professionnels de santé (www.vaccination-info-service.fr)… (3,7) Avec ces nouvelles obligations vaccinales, un regain de confiance vis-à-vis de la vaccination a été observé : les mères perçoivent les vaccins contre la coqueluche, la rougeole, le méningocoque C ou l’hépatite B comme plus utiles (+4,4 ; +6,7 ; +6,7 et +9,0 points respectivement ; p

Néanmoins, les axes d’amélioration sont encore nombreux à ce jour : simplification du parcours en ville, implication de la médecine scolaire, création d’un carnet de vaccination électronique, ouverture de la vaccination à d’autres professionnels de santé (infirmières, pharmaciens)… (3,6) L’école a également un rôle essentiel à jouer dans l’éducation à la santé, afin de permettre à chacun de comprendre comment fonctionne la vaccination et son intérêt, au niveau individuel ou pour la collectivité. (3)

La communication et l’information sont des enjeux majeurs de toute politique de vaccination : il reste indispensable de répondre de manière forte, en apportant des informations basées sur les données de la recherche et de la science. Au niveau individuel, les médecins sont toujours considérés comme la première source d’information de confiance en matière de vaccination.