Helicobacter pylori : face à des niveaux alarmants de résistance

  • Savoldi A & al.
  • Gastroenterology
  • 1 nov. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Selon une méta-analyse des données internationales, la plupart des régions du globe telles que définies par l’OMS présentent des taux élevés (>15%) de résistance d’H. pylori à trois antibiotiques majeurs (clarithromycine, métronidazole, lévofloxacine). En Europe, la situation est particulièrement préoccupante concernant la résistance au métronidazole, qui atteint 61% globalement (56% de résistance primaire, 65% de résistance secondaire). Ce chiffre était même estimé à 65% en France.

  • La croissance globale des chiffres au niveau mondial et les échecs thérapeutiques associés, corrélés à une consommation croissante d’antibiotiques, invitent à questionner les pratiques - mise en culture avant initiation de l’antibiothérapie visant H. pylori, usage rationnel des antibiotiques dans d’autres contextes cliniques,...- et peuvent-être mis en parallèle avec l’augmentation de l’incidence des cancers gastriques dans certains pays d’Asie.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

L’éradication d’ H. pylori par une antibiothérapie à base de clarithromycine permet de réduire l’incidence du cancer gastrique mais le développement de souches résistantes a limité l’efficacité de ces traitements initiés empiriquement. Désormais, les sociétés savantes recommandent d’envisager un traitement alternatif sur la base des résultats d’analyse microbiologique, mais cette préconisation reste encore insuffisamment appliquée. Dans ce contexte, cette étude visait à dresser un état des lieux sur l’émergence des souches résistantes et ses conséquences en termes cliniques.

Méthodologie

  • Les auteurs ont mené une revue de la littérature anglophone parue entre janvier 2007 et juin 2017. Ils ont inclus les études ayant rapporté des données de prévalence sur la résistance primaire ou secondaire d’H. pylori aux principaux antibiotiques. Les études ayant porté sur moins de 50 isolats ont été exclues.

  • Les analyses ont été menées pour les différentes régions du monde telles que définies par l’OMS. Le seuil de 15% de résistance était considéré comme élevé, conformément aux recommandations internationales.

Principaux résultats

  • Au total, 178 études issues de 65 études pays ont été incluses dans les analyses, avec 42 études cliniques randomisées et 136 études observationnelles (dont 118 étaient prospectives). La qualité des études était jugée comme élevée pour 30% d’entre elles, et comme faible pour 18%.

  • Parmi les principaux résultats, la prévalence d’une résistance primaire à la clarithromycine >15% était maximale dans les régions du Pacifique occidental (34%) et de Méditerranée orientale (33%), suivies par la région européenne (18%). La résistance secondaire était supérieure à 15% dans toutes les régions du monde. Toutes présentaient également un taux élevé de résistance au métronidazole, avec notamment une fréquence des résistances primaires variant de 23% dans la région des Amériques à 56% en Méditerranée orientale. Seule la région européenne ne présentait pas un taux élevé de résistance primaire à la lévofloxacine, tandis que toutes présentaient un chiffre élevé concernant la résistance secondaire. Une forte résistance primaire croisée (clarithromycine-métronidazole) était aussi identifiée en Méditerranée orientale (19%).

  • La France fait partie des pays européens présentant des taux particulièrement élevés concernant la résistance à la clarithromycine (43%), à la lévofloxacine (15%) ou au métronidazole (65%).

  • Quelques régions ont connu des augmentations significatives d’incidence d’antibiorésistance au fil du temps, comme celle à la clarithromycine (de 13% à 21% entre 2006-2008 et 2012-2016 en Asie du Sud-Est) et à la lévofloxacine (de 12% à 31% sur la même période dans le Pacifique occidental). La résistance primaire croisée clarithromycine-métronidazole a, elle, augmenté de 15 à 23% sur cette période dans la région Européenne.

  • La résistance à la lévofloxacine multipliait la probabilité d'échec d’un traitement comportant cet antibiotique par plus de 8 (OR : 8,18 [3,81-17,56], p

Principales limitations

  • Les données concernant les enfants et la région de l’Afrique étaient peu nombreuses et nécessiteraient d’être considérées isolément avec prudence.

  • Beaucoup d’études étaient monocentriques.