Grossesse : l’automesure tensionnelle aide-t-elle à améliorer le pronostic des femmes hypertendues ?

  • Chappell LC & al.
  • JAMA

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Une étude clinique randomisée (BUMP 2) a comparé le bénéfice de l’automesure tensionnelle (AMT) chez des femmes enceintes ayant une hypertension artérielle (HTA) chronique ou gestationnelle en termes de valeur de pression artérielle à l’accouchement. Elle a échoué à montrer un bénéfice de cette surveillance, que l’AMT ait été ou non une autosurveillance déjà pratiquée par les participantes avant l’inclusion. Cependant, le fait qu’elles aient dans leur globalité souffert d’HTA légère à modérée peut sans doute expliquer l’absence de différence entre l’AMT et un suivi conventionnel.

  • Cette étude complète une autre étude (BUMP 1) qui s’était intéressée à l’utilité de l’AMT chez des femmes enceintes à risque d’HTA, et qui avait conclu également à l’absence de bénéfice de l’autosurveillance. L’éditorial accompagnant cette étude indique que ces études ont toutefois l’avantage de décrire la faisabilité de l’AMT chez la femme enceinte. Il insiste aussi sur le fait qu’elles ne permettent pas de conclure sur l’intérêt de cet outil chez des femmes dont l’HTA ou le risque de prééclampsie auraient été plus élevés. D’autres études sont donc attendues sur le sujet.

Pourquoi est-ce important ?

L'HTA non ou mal prise en charge constitue un risque de complications chez la femme enceinte. Les études consacrées à l'AMT ont montré la faisabilité d'une telle autosurveillance chez les femmes enceintes hypertendues, mais l'intérêt de cette approche par rapport au suivi conventionnel n'est pas clairement démontré. Il était donc intéressant de conduire une étude randomisée sur le sujet.

Méthodologie

Cette étude a été menée chez des femmes enceintes de 18 ans ou plus qui avaient une HTA chronique ou gestationnelle (PAS≥140 mmHg et/ou PAD≥90 mmHg), ou recevaient un traitement antihypertenseur avant la grossesse ou au moment de l’inclusion. Elles ont été randomisées entre l’utilisation de l’AMT et un suivi conventionnel.

Elles devaient contrôler leur pression artérielle par AMT à 2 reprises une fois par jour (une 3e en cas de valeur anormale) jusqu'à l'accouchement et les entrer dans une application. Cette dernière recommandait aux participantes de contacter la maternité si des valeurs >140/90 mmHg étaient observées. Dans le second groupe, la pression artérielle était mesurée au cours des visites médicales planifiées au cours de la grossesse. L’objectif était d’évaluer si la différence de PAS moyenne entre l’accouchement et l’inclusion était différente entre les deux groupes.

Principaux résultats

Au total, 850 femmes enceintes souffrant d'hypertension (dont 68,3 % avaient une HTA chronique) ont été randomisées entre novembre 2018 et septembre 2019, et l’analyse a pu être conduite pour 96,7% et 96,4% des femmes du groupe AMT et du groupe de référence respectivement.

À l’inclusion, 68,3% de celles ayant une HTA chronique et 44,7% de celles ayant développé une HTA durant la grossesse surveillaient déjà leur tension artérielle, mais l’observance de l’AMT versus les recommandations était moins élevée dans le premier que dans ce second groupe de femmes.

À l’issue de l’étude, la PAS moyenne était de 133,8 mmHg dans le groupe AMT contre 133,6 mmHg dans le groupe de référence (différence moyenne ajustée 0,03 mmHg [-1,73 à 1,79]) chez les femmes ayant une HTA chronique et de 137,6 mmHg dans le groupe AMT contre 137,2 mmHg dans le groupe de référence (-0,03 mm Hg [-2,29 à 2,24]) pour celles ayant une HTA gravidique.

Il n’y a eu aucune différence en fonction de la parité, la semaine de grossesse à l’inclusion, un recours antérieur à l’AMT, le niveau socio-économique, d’éducation ou d’origine selon les analyses de sous-groupes préspécifiées.

Que ce soit chez celles ayant une HTA chronique ou celles ayant une HTA gravidique, aucune différence significative n'a été observée concernant les paramètres pronostiques pré-spécifiés pour la mère et le nouveau-né (âge gestationnel à la naissance, mortinatalité, taux de naissances spontanées par voie basse), hormis un nombre plus faible de débuts de travail spontané parmi celles qui étaient sous AMT vs le suivi de référence : il était de 5% vs 10% parmi les femmes à HTA chronique (odds ratio ajusté 0,52 [0,29 -0,92]) et 16% vs 22% parmi les femmes à HTA gravidique (ORa 0,65 [0,39-1,07]). Dans le groupe HTA chronique, un plus grand nombre de femmes sous AMT ont eu une prééclampsie, même si elles ont eu in fine plus rarement des complications maternelles graves