Grossesse et vaccination : protéger la mère et l’enfant à naître

  • 26 mai 2020

  • Marie Torre
  • Actualités Médicales
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Vacciner la femme enceinte permet de protéger la mère et le fœtus contre certaines infections, mais aussi le nourrisson après sa naissance grâce à une protection passive. (1) Idéalement, toutes les vaccinations devraient être mises à jour avant la grossesse. Néanmoins, certaines vaccinations sont possibles, voire recommandées pendant la grossesse.

 

Protéger mère et enfant

À ce jour en France, la vaccination contre la coqueluche est recommandée aux femmes avant la grossesse, aux autres membres du foyer pendant la grossesse et à la mère en post-partum immédiat selon la stratégie dite de cocooning. (1) La coqueluche est particulièrement dangereuse pour les nourrissons âgés de moins de 6 mois, provoquant apnées, défaillances cardio-respiratoires et parfois le décès. (2) Dans de nombreux pays hormis la France, la vaccination contre la coqueluche est recommandée au cours du troisième trimestre de grossesse. (1) Vacciner la mère en fin de grossesse permettrait une immunisation passive de l’enfant par transfert in utero des anticorps maternels, afin de protéger les nourrissons avant leur propre vaccination. (2)

Le vaccin antigrippal inactivé est recommandé au moment de la saison épidémique de grippe pour toutes les femmes enceintes, quel que soit le trimestre de la grossesse. (1) La grossesse est un facteur de risque de forme grave de grippe, même en l’absence de comorbidité : le risque de complications cardio-respiratoires est multiplié par 2 en cas d’infection pendant le deuxième trimestre de grossesse et par 4 au cours du troisième trimestre. (2,3) Ceci peut être expliqué par les modifications immunologiques qui se mettent en place chez la mère afin d’éviter le rejet du fœtus, ainsi que les modifications hématologiques ou respiratoires liées à la compression du diaphragme par le volume utérin. Les conséquences d’une grippe pendant la grossesse peuvent également être obstétricales, avec un risque accru de fausse couche spontanée ou d’accouchement prématuré. Pour la prochaine saison épidémique, la vaccination contre la grippe saisonnière pourra être faite sous certaines conditions en officine par les pharmaciens formés, par les infirmières et les sages-femmes. (1)

 

Rassurer la femme enceinte

Les vaccins vivants atténués (fièvre jaune, rougeole-oreillons-rubéole (ROR), tuberculose (BCG), varicelle et zona) sont contre-indiqués en cours de grossesse. (1) Néanmoins, une vaccination faite par mégarde chez une femme enceinte ne justifie pas une interruption de grossesse. Les données de pharmacovigilance ne montrent pas d’effet sur le fœtus des vaccins vivants atténués actuellement disponibles.

La vaccination contre la fièvre jaune peut être justifiée en cours de grossesse, en cas de séjour en zone d’endémie si le voyage ne peut être reporté. La réponse vaccinale étant moins bonne en cours de grossesse, l’administration d’une seconde dose est recommandée dix ans plus tard. Si la vaccination contre la fièvre jaune est réalisée chez une femme qui allaite, l’allaitement devra être suspendu pendant deux semaines. Pour toutes les autres vaccinations, il n’est pas nécessaire de suspendre l’allaitement.

 

Evaluer les bénéfices et risques

Plusieurs vaccinations pourraient être envisagées pendant la grossesse en fonction du rapport bénéfice/risque et des expositions spécifiques de chacune (exposition intrafamiliale, contexte professionnel, voyage imprévu et indispensable en zone endémique) : vaccination contre l’hépatite A, l’hépatite B, les méningocoques (vaccin tétravalent), le pneumocoque ou la fièvre typhoïde. Aucune complication particulière n’a été publiée pour ces vaccins en cas de grossesse.

Si elle a lieu d’être, la vaccination contre le papillomavirus devra être différée après l’accouchement (rattrapage possible jusqu’à l’âge de 19 ans révolus). Aucune donnée n’est disponible sur les vaccins contre l’encéphalite japonaise, l’encéphalite à tiques ou la leptospirose chez la femme enceinte. La vaccination ne sera donc proposée que dans des situations très particulières, après évaluation individualisée du risque. (1)