Grippe saisonnière : pourquoi les femmes enceintes sont si peu vaccinées ?


  • Fanny Le Brun
  • Actualités Médicales
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À retenir :

D’après une étude récemment publiée :

  • La couverture vaccinale contre la grippe saisonnière est particulièrement faible chez les femmes enceintes en France (7,4 % pendant la saison 2015-16)
  • Bien que cette vaccination soit recommandée pendant la grossesse, elle n’est pas suffisamment proposée par les professionnels de santé (24,9%) et est souvent refusée par les femmes (70,4%)
  • Des efforts importants sont donc nécessaires pour promouvoir cette vaccination des femmes enceintes car elles représentent, avec leur futur nouveau-né, une population à risque élevé de grippe sévère

 

Les femmes enceintes et leur futur nouveau-né représentent une population à risque élevé de grippe sévère. En France, depuis 2012, la vaccination contre la grippe saisonnière est donc recommandée chez les femmes enceintes, quel que soit le trimestre de grossesse. Une étude récemment publiée dans la revue Human Vaccines and Immunotherapeutics avait pour objectif d’estimer le taux de vaccination, le taux de refus et les facteurs favorisants l’accès à cette vaccination chez les femmes enceintes pendant la saison grippale 2015-2016 en France. Elle a porté sur un échantillon représentatif national de 11.752 femmes ayant accouché en mars 2016 et qui étaient donc enceintes pendant la saison grippale. Ces femmes ont été interrogées avant de quitter l’hôpital.

D’après les résultats de cette étude, la couverture vaccinale anti-grippale chez les femmes enceintes était de 7,4%. Seules 24,9% des femmes ont déclaré que cette vaccination leur avait été proposée par un professionnel de santé et parmi elles 70,4% l’ont déclinée.

La couverture vaccinale était plus élevée chez les femmes ≥ 30 ans, ayant moins de 3 enfants, ayant des facteurs de risque pré-existants de grippe sévère, un niveau d’éducation élevé et une profession liée à la santé. De plus, les femmes enceintes étaient plus fréquemment vaccinées lorsqu’elles étaient suivies par un médecin généraliste plutôt que par un autre type de professionnel de santé.

Ces résultats soulignent le rôle primordial des professionnels de santé sur la couverture vaccinale et l’importante hésitation des femmes concernant la vaccination anti-grippale pendant la grossesse, notamment chez celles ayant déjà plusieurs enfants et un faible niveau d’éducation.

D’après les auteurs de cette étude, cette faible couverture vaccinale peut éventuellement s’expliquer par le fait que la recommandation vaccinale chez la femme enceinte était relativement récente au moment de l’étude (3 ans) et que, contrairement aux personnes âgées et aux autres groupes à risque, les femmes enceintes ne reçoivent pas de bon de prise en charge par la sécurité sociale. La couverture vaccinale anti-grippale a également été insuffisante dans les autres groupes à risque en 2015-2016. Cela pourrait être lié à la controverse concernant la campagne de vaccination nationale lors de la pandémie grippale A(H1N1) de 2009.

Plus globalement, les auteurs de cette étude soulignent que la population française, incluant les professionnels de santé, est particulièrement réticente vis-à-vis de la vaccination. Cette attitude peut être renforcée pendant la grossesse car les femmes sont très préoccupées par la sécurité de leur nouveau-né vis-à-vis des médicaments. Elles peuvent ne pas être informées de la gravité de l’infection grippale et des risques associés pour elles et leurs nouveau-nés, probablement à cause de la rareté des infections sévères dans ces deux groupes.

En conclusion, des efforts importants sont nécessaires pour promouvoir la vaccination anti-grippale pendant la grossesse, en améliorant la diffusion de l’information sur ses bénéfices mais aussi en mettant en œuvre des interventions efficaces, ciblant à la fois les femmes enceintes et les professionnels de santé. Il est important de chercher à mieux comprendre les freins à la vaccination et les facteurs influençant son acceptation pendant la grossesse.