Greffe rénale et COVID-19 : des données françaises viennent d’être publiées

  • Caillard S & al.
  • Kidney Int
  • 24 août 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Le 1er mars 2020, la Société Française de Transplantation a mis en place un registre national incluant les patients ayant reçu une transplantation d’organe solide et atteints de COVID-19. Les résultats présentés ici sont issus d’un premier rapport et sont déjà instructifs sur les caractéristiques cliniques de ces patients, ainsi que sur leur évolution après hospitalisation et sur la gestion de leurs traitements. Le surpoids/l’obésité, le diabète, la fièvre, la dyspnée sont apparus comme étant des facteurs indépendants du risque de développer une forme sévère de COVID-19. Des facteurs de risque indépendants de mortalité ont également été identifiés, comme l’âge supérieur à 60 ans, la présence d’une maladie cardiovasculaire ou d’une dyspnée. Le sexe masculin n’est pas apparu comme un facteur favorisant contrairement à d’autres données sur la population générale, probablement du fait du poids de certaines comorbidités chez les sujets transplantés.

Méthodologie

Cette étude observationnelle est basée sur les données du Registre national français (SOT COVID) des receveurs de greffes d’organes solides et explore leurs caractéristiques cliniques et leur évolution. Le diagnostic de l’infection à SARS-CoV-2 était confirmé par test PCR chez des sujets symptomatiques ayant des lésions typiques à l’imagerie. 

Principaux résultats

Initié le 1 mars 2020, le registre SOT COVID comprenaient 598 patients au 21 avril 2020. Sur 279 patients ayant reçu une transplantation rénale et atteints par le COVID-19 inclus dans l’étude, 243 ont été admis à l’hôpital et 36 ont été pris en charge à domicile. Parmi les sujets hospitalisés, les deux tiers étaient des hommes, et presque autant étaient en surpoids. L’âge médian de ce groupe de sujets hospitalisés était de 61,6 ans. Parmi eux, de très nombreux patients présentaient des comorbidités : hypertension (90,1%), diabète (41,3%), maladie cardiovasculaire (36,2%) ou maladie respiratoire (14,8%). Le délai médian entre l’apparition des premiers symptômes et l’hospitalisation était de 5 jours. 

Le diagnostic de COVID-19 était porté à 93% sur la base d’une RT-PCR positive et pour 7% sur un cliché radiographique pulmonaire typique.

Les principaux symptômes à l’admission étaient la fièvre (80%), la toux (63,6%), la diarrhée (43,5%), la dyspnée (40,3%), l’anosmie (14,1%). Les résultats biologiques faisaient souvent état d’une inflammation légère accompagnée d’une lymphopénie. Les clichés radiologiques étaient caractéristiques de l’infection à SARS-CoV-2 chez 87% des individus. Les traitements antimétaboliques, inhibiteurs de calcineurine et les inhibiteurs de mTOR, ont été arrêtés durant l’hospitalisation chez respectivement 70,8%, 28,7% et 62,1% des individus. Un peu plus de 7 patients sur 10 ont reçu une oxygénothérapie nasale et des antibiotiques (autre que l’azithromycine). Le traitement mis en place reposait principalement sur l’hydroxychloroquine (24,7%), l’azithromycine (29,2%), des antiviraux (7,8%) et du tocilizumab (5,3%). Parmi les patients, 43,6% ont eu une insuffisance rénale aiguë et 11,1% ont eu besoin d’un traitement de suppléance rénale. 

Sur les 243 sujets hospitalisés, 36% ont eu besoin de soins intensifs sous un délai médian de 4 jours, 106 (46%) ont présenté des formes sévères de COVID-19 à 30 jours, et 43 (22,8%) sont décédés à 30 jours, dont quatre parmi les neuf sujets qui ont perdu leur greffon.

Les analyses multivariées ont mis en évidence que ceux qui développaient une forme sévère de COVID-19 étaient souvent âgés de plus de 60 ans, en surpoids/obèses ou diabétiques et avaient plus souvent de la fièvre et de la dyspnée à l’admission que les autres. Des facteurs de risque de mortalité indépendants ont été identifiés, notamment l’âge supérieur à 60 ans, la présence d’une maladie cardiovasculaire et d’une dyspnée.