Gratuité des substituts nicotiniques, des e-cigarettes ou récompense financière : quelle méthode favorise le meilleur taux de sevrage chez les salariés ?

  • Halpern SD & al.
  • N Engl J Med
  • 23 mai 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Les intéressements financiers (600 euros) permettent aux salariés invités à participer à un programme initié par l’entreprise d’atteindre un taux d’abstinence tabagique à 6 mois supérieur à celui obtenu par une prise en charge habituelle (information et messages motivationnels), par la gratuité des produits de sevrage tabagique (nicotiniques ou pharmacothérapie, puis e-cigarettes en cas d’échec) ou par la gratuité des e-cigarettes (sans obligation d’avoir essayé les produits de sevrage tabagique).
  • L’essai randomisé pragmatique qui a apporté ces conclusions visait à décrire l’efficacité en routine d’un programme d’incitation à l’arrêt, et donc pas uniquement auprès de sujets volontaires pour arrêter de fumer. Il montre que les programmes mis en place par les entreprises ont une portée globalement limitée et que, dans ce cadre, l’intéressement financier peut constituer un levier intéressant pour motiver les salariés à s’engager activement dans la démarche, et réussir.
  • Dans cette étude, la gratuité des e-cigarettes ou celle des autres produits de sevrage tabagique n’est pas plus efficace que l’accompagnement usuel dans les conditions réelles.

Pourquoi est-ce important ?

Parce qu’un salarié fumeur coûte plus cher qu’un non fumeur, les programmes promouvant le sevrage tabagique se développent dans les entreprises. Plusieurs études randomisées ont décrit le triplement du taux de sevrage à 6 mois d’employés recevant une incitation financière par rapport à une prise en charge combinant programmes de modification des comportements et informations. Cependant, ces études avaient été conduites chez des sujets initialement volontaires pour arrêter de fumer et elles ne comportaient pas de comparaison aux produits, médicaments et dispositifs de sevrage tabagique. Cette étude permet d’apporter des éléments d’information sur ces deux aspects.

Principaux résultats

  • Au total, 6.131 sujets ont reçu une invitation à participer au programme, 6.006 ne l’ont pas décliné et 1.191 ont participé activement. Dans ce dernier groupe figuraient plus souvent des femmes, ayant un niveau d’études élevé, des sujets plus motivés à arrêter et plus souvent utilisateurs de e-cigarettes que les autres.
  • Le taux d’abstinence à 6 mois (critère principal) était de 1,8% sur l’ensemble de la cohorte randomisée avec la répartition suivante : 0,1% dans le groupe soins habituels ([0-0,3]), 0,5% dans le groupe aides au sevrage ([0,2-0,9]), 1,0% dans le groupe e-cigarettes gratuites ([0,4-1,6]), 2,0% dans le groupe recevant 600 euros en cas d’abstinence ([1,2 -2,8]) et 2,9% dans le groupe recevant 600 euros sur un compte à l’inclusion, qui leur était accessible en cas de succès ([2,0-3,8]). Ainsi, ces deux dernières approches étaient supérieures à l’efficacité du groupe aides au sevrage (OR : 5,77 [2,66-12,50] ; p
  • Dans le seul groupe des sujets ayant participé activement, le taux d’abstinence à 6 mois était de 0,7% dans le groupe soins habituels, 2,9% dans le groupe aides au sevrage, 4,8% dans le groupe e-cigarettes gratuites, 9,5% dans le groupe recevant 600 euros en cas de succès et 12,7% dans le groupe recevant 600 euros sur un compte. Ces deux dernières approches étaient supérieures à l’efficacité du groupe ayant reçu des e-cigarettes gratuites (OR : 3,87 et 4,85 respectivement).
  • Environ 50% des patients sevrés à 6 mois l’étaient toujours à 12 mois.

Méthodologie

Tous les salariés fumeurs de plus de 18 ans issus des 54 entreprises américaines participantes ont reçu un mail leur annonçant qu’ils étaient sélectionnés pour participer au programme. Ils pouvaient refuser. À défaut, ils étaient randomisés dans l’un des quatre groupes. Le suivi était planifié à 1, 3 et 6 mois et l’abstinence déclarée par les patients était validée par un test urinaire.

Limitations

  • L’utilisation réelle des substituts, médicament et produits n’était pas vérifiée.
  • Parce que les participants devaient déclarer leur abstinence par enquête pour toucher les récompenses financières, il est possible qu’ils aient été plus nombreux à penser à la déclarer dans ces deux groupes par rapport aux autres bras du programme.