Fracture tibiale : faut-il abandonner les ultrasons pulsés ?


  • Nathalie Barrès
  • Actualités Médicales
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Historiquement, le traitement des lésions diaphysaires du tibia est réalisé avec la technique de l’enclouage centromédullaire. Il est communément admis qu’une période de prise en charge de 6 mois est nécessaire pour que les patients retrouvent pleinement leurs capacités d’avant l’épisode fracturaire. En Amérique du Nord, les ultrasons pulsés à faible intensité (LIPUS pour low-intensity pulsed ultrasound) sont souvent utilisés pour favoriser la consolidation osseuse et la guérison de la fracture. Il était intéressant d’évaluer spécifiquement l’impact de cette technique sur le devenir de fractures du tibia, avec un protocole rigoureux et une population de grande envergure.

Méthodologie

  • Protocole multicentrique, randomisé, en aveugle, comparant l’impact d’ultrasons pulsés à faible intensité sur l’évolution d’une fracture du tibia, chez des patients éligibles à l’enclouage centromédullaire (étude TRUST) par rapport à des patients contrôles.
  • Ont été sélectionnés des hommes et des femmes adultes atteints d’une fracture au tibia ouverte (Gustilo type I-IIIB) ou fermée (Tscherne stade 0-3).
  • La stratification pour randomisation a intégré la sévérité de l’atteinte des tissus mous.
  • Les patients du groupe contrôle ont suivi un traitement par appareil à ultrasons désactivé, identique au matériel de l’autre groupe.
  • Chaque patient s’est auto-administré une séance d’ultrasons (30 mW/cm2 ou 0 selon le groupe) de 20 minutes une fois par jour, jusqu’à consolidation de la fracture objectivée par un chirurgien ou au maximum 52 semaines après le début du traitement.
  • Les visites de suivi, dont l’examen radiographique, ont été programmées en semaines 6, 12, 18, 26, 38 et 52 après l’inclusion.
  • Le critère principal de cette étude était le temps nécessaire à la consolidation d’après objectivation radiographique.

Résultats

  • 501 patients provenant de 43 centres médicaux nords-américains spécialisés en traumatologie, ont été inclus : 250 dans le groupe à matériel actif, et 251 dans le groupe à matériel désactivé.
  • Les données d’exposition aux ultrasons ont été obtenues pour 481 des 501 patients, soit 96% des patients des deux groupes. Les données radiographiques ont été exploitées pour 482 d’entre-eux, soit 96% également.
  • Aucune donnée de suivi osseux, dont radiographique, n’a montré de différence significative entre le groupe traité et le groupe contrôle.
  • L’observance au traitement a été modérée, avec seulement 73% des patients qui se sont administrés au moins la moitié des séances prévues dans le protocole.

Limitations

  • La portée des conclusions de cette étude canadienne pourrait éventuellement être limitée par la faible observance au traitement.
  • Cet essai était dans un premier temps soutenu par un industriel qui a abandonné en cours de route, au vu des résultats d’une analyse intermédiaire non préalablement planifiée.

À retenir

Le recours post-opératoire à des ultrasons de faible intensité, chez des patients ayant bénéficié d’un enclouage centromédullaire suite à une fracture du tibia, n’accélère pas la consolidation osseuse.