Formes sévères de COVID-19 : sombre pronostic pour les patients diabétiques

  • Yan Y & al.
  • BMJ Open Diabetes Res Care
  • 1 avr. 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

  • Les résultats d’une étude rétrospective monocentrique montrent que 25% des sujets présentant une forme sévère de COVID-19 seraient diabétiques. 
  • Ces derniers seraient globalement plus âgés et plus susceptibles d’être admis aux urgences et de recevoir une assistance ventilatoire que les autres. 
  • Le pronostic des patients atteints d’une forme sévère de COVID-19 et diabétiques serait très sombre, puisque cette étude suggère que leur mortalité serait augmentée de 53% par rapport aux non diabétiques.

L’orage inflammatoire objectivé par un certain nombre de biomarqueurs serait également plus sévère que chez les sujets non diabétiques. 

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

De récentes données ont suggérées que la prévalence des sujets diabétiques parmi les formes légères de COVID-19 serait située entre 5,7% et 5,9%, alors qu’elle serait 22,2% à 26,9% parmi les formes sévères. Le diabète et l’hyperglycémie favorisent non seulement l’inflammation mais le diabète pourrait également avoir, selon des données sur l’animal, une action sur la fonction respiratoire au niveau alvéolaire (capillaire et structure interstitielle) ce qui impacterait les capacités d’échanges gazeux et de volumes respiratoires.  

Méthodologie

Cette étude rétrospective, observationnelle, monocentrique (hôpital de Tongji à Wuhan en Chine), a inclus 193 patients ayant eu une forme sévère de COVID-19. Parmi eux, 48 étaient diabétiques. Une forme sévère de COVID-19 était définie par au moins l’un des critères suivants : une fréquence respiratoire >30/min, une saturation en O2≤93%, un ratio PaO2/FiO2≤300mmHg, un état de choc cardiogénique ou une insuffisance respiratoire nécessitant une ventilation mécanique ou une atteinte organique concomitante nécessitant l’admission en unité de soins intensifs. 

Principaux résultats

L’âge moyen de la cohorte des sujets ayant une forme d’infection sévère à COVID-19 était de 64 ans (59,1% d’hommes). Sur les 193 sujets inclus, 48% ont été admis en USI, et 57% ont nécessité une ventilation mécanique (invasive ou non) eu au cours de leur hospitalisation. Parmi ces sujets, 24,9% étaient diabétiques (âge moyen 70 ans vs 60 ans pour les sujets non diabétiques). Les sujets diabétiques étaient plus susceptibles de présenter une hypertension que les autres (50,0% vs 33,8%), une maladie cardiovasculaire (27,1% vs 12,4%) ou une maladie cérébrovasculaire (10,4% vs 2,1%). En revanche, la concomitance d’une maladie rénale, pulmonaire chronique, ou d’une atteinte hépatique n’était pas significativement différente entre les sujets diabétiques et non diabétiques. Les patients diabétiques inclus dans l’étude étaient plus susceptibles de devoir être admis en unité de soins intensifs que les autres (66,7% vs 41,4%), ou de recevoir une assistance respiratoire (81,3% vs 49,0%).

La glycémie et l’hémoglobine glyquée des sujets diabétiques étaient plus élevées que chez les sujets non diabétiques (respectivement 11,31 mmol/L vs 6,56 mmol/L et 7,2% vs 5,8%). Leur statut inflammatoire était également différent, avec un taux notamment plus élevé en leucocytes, neutrophiles, de protéine C haute sensibilité, de procalcitonine, de ferritine, de récepteur à l’interleukine 2, d’IL-6, d’IL-8, de TNF alpha, de D-Dimère, de fibrinogène….

Parmi les sujets diabétiques décédés, 76,9% étaient des hommes contre seulement 23,1% de femmes.

Le niveau d’inflammation était plus important chez les sujets décédés que chez les autres, ainsi que la fréquence de l’atteinte cardiaque, hépatique, rénale ou les troubles de la coagulation. 

Après ajustement sur l’âge, le sexe, l’hypertension, les maladies cardio- et cérébrovasculaires, les sujets diabétiques avaient 53% plus de risque de décéder que les patients non diabétiques (hazard ratio 1,53 [1,02-2,30], p=0,041).

Limites

L’effectif global était assez faible et la mortalité décrite dans cette étude est bien plus importante que celle décrite par d’autres études, de fait, des biais de sélection ne doivent pas être écartés.