FOLFIRINOX : un traitement personnalisé a-t-il un intérêt ?

  • Medicine (Baltimore)

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

Les résultats d’une étude française rétrospective menée en vraie vie évaluant l’adaptation du protocole FOLFORINOX chez des patients souffrant de cancer pancréatique localement avancé ou métastatique montrent des résultats intéressants. En effet, cette approche individualisée offrirait de meilleurs résultats dans la prise en charge de ces patients. Un essai prospectif permettrait maintenant probablement encore d’améliorer les résultats obtenus.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Le cancer pancréatique est souvent diagnostiqué au stade localement avancé ou métastatique. La survie globale médiane est d’environ 12 mois pour la première situation et limitée à 6 mois dans la seconde. En 2011, le protocole FOLFIRINOX a été décrit comme le traitement le plus efficace en première ligne, améliorant la survie médiane par rapport à la gemcitabine en monothérapie de 43% passant de 6,8 mois à 11,1 mois. Mais la toxicité de ce traitement en limite l’usage à certains patients. Il était donc intéressant de connaître l’impact sur la prise en charge et la tolérance de la réduction de doses de FOLFIRINOX proposée par certaines études.

Méthodologie

Cette étude rétrospective française d’un an a été menée chez des patients ayant bénéficié d’un traitement individualisé par FOLFORINOX à l’hôpital Universitaire Paul Brousse de Villejuif. Le protocole FOLFIRINOX est l’association de l’irinotécan, de l’oxaliplatine, du 5FU et de la leucovorine. Tous les patients traités consécutivement entre le 1er janvier et le 31 décembre 2016 dans ce centre ont été inclus dans les analyses. Initialement le traitement était planifié pour être délivré toutes les deux semaines selon le schéma classique. En cas d'hyperbilirubinémie à l’inclusion ou de stent biliaire, le protocole était réalisé sans irinotecan. Ce dernier était ajouté lorsque le taux de bilirubine sérique était inférieur à ≤1,5 de la limite normale supérieure. L’oxaliplatine, elle, était arrêtée en cas de neurotoxicité sensorielle sévère (grade 2 ou plus). Tous les patients recevaient des soins de supports en prévention ou en traitement des effets indésirables. Enfin, le protocole de chimiothérapie était poursuivi jusqu’à la réalisation d’une chirurgie ou la progression de la maladie, ou encore l’apparition de toxicités insupportables.

Principaux résultats

Au total, 37 patients ayant bénéficié au moins d’un cycle de FOLFIRINOX entre janvier et décembre 2016 ont été inclus dans les analyses. 49% avaient une tumeur localement avancée et 51% présentaient des métastases (hépatiques chez 9 patients, péritonéales pour 1 patient et multifocales pour 9 patients). Les sujets étaient âgés de 44 à 81 ans (59% d’hommes). L’indice de performance (OMS) était de 0 chez 59% des individus et de 1 pour 41%. Au total, 384 cycles de traitement ont été administrés.

  • 30% des patients ont eu 2 à 3 cycles de traitement sans irinotecan, et l’oxaliplatine a été arrêtée chez 35% des patients pour cause de neuropathie après 9 cycles en moyenne.
  • Ceux ayant bénéficié dès l’initiation d’un protocole complet ont eu une réduction de dose de chaque agent cytotoxique en fonction de leur âge et/ou de leurs comorbidités et, plus tardivement, également en fonction de la tolérance. L’intensité de dose médiane était de 28,9 mg/m2/semaine pour l’oxaliplatine, de 56,8 mg/m2/semaine pour l’irinotecan et 886,2 mg/m2/semaine pour le 5-fluorouracil. Ainsi, l’intensité de dose relative médiane était de 68% pour l’oxaliplatine, 63% pour l’irinotecan et de 63% pour le 5FU. 
  • Une réponse objective a été atteinte par 47% des sujets (56% pour les formes localement avancées et 37% pour les formes métastatiques) et un contrôle de la maladie a été atteint chez 85% des patients (94,4% pour les formes localement avancées et 75% pour les formes métastatiques).
  • Le taux de résection secondaire complète était de 30% et le temps moyen avant progression de la maladie était de 9,6 mois (19,8 mois pou les formes localement avancées et 6,9 mois pour les formes métastatiques) et la survie globale de 14,6 mois. 
  • 24% des sujets ont eu des toxicités de grade 3-4, avec notamment pour les toxicités non hématologiques, de la fatigue (14%), des diarrhées (6%), des nausées/vomissements (3%) et des neuropathies sensorielles (3%). Aucun cas de neutropénie fébrile ou de décès par toxicité n’a été enregistré.

Principale limitation

Le caractère rétrospectif de cette étude constitue sa principale limite.