Financement des anticancéreux : à quand un vrai débat ?

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Paris, le mercredi 10 février 2016 - Depuis quelques années, l'augmentation des prix des anticancéreux soulève réflexions et inquiétudes. Au-delà des discours s'interrogeant sur la légitimité de certains tarifs affichés, il est certain que ces derniers représentent un enjeu de santé publique prégnant, d'autant plus que de nouvelles thérapies ciblées, toujours plus onéreuses (et efficaces) doivent arriver sur le marché. Face à cette situation, le gouvernement s'apprête, en se basant sur un avis du Conseil de l'hospitalisation à durcir les critères permettant aux médicaments d'être inscrits sur la liste en sus des hôpitaux.

Les produits qui figurent sur cette liste sont directement pris en charge par l'Assurance maladie et ne pèsent donc nullement sur le budget des hôpitaux. Le hic, c'est qu'en incluant un nombre croissant de thérapies innovantes et coûteuses, la liste en sus a vu son budget exploser. Cependant, dans un contexte de restriction budgétaire, l'objectif de progression pour 2016 a été fixé à 1,75 %. Pour le respecter, un décret devrait être publié retirant de la liste les médicaments dont l'Amélioration du service médical rendu (ASMR) a été jugée « mineure », à l'exception des cas où il n'existe pas de traitement alternatif, ou s'ils sont moins coûteux. Cette nouvelle grille pourrait exclure de la liste en sus plusieurs médicaments mis sur le marché récemment, sachant que plus de 70 % des anticancéreux autorisés depuis 2012 ont été considérés comme apportant une ASMR « mineure ».

Hypocrisie

Déjà certains hôpitaux ont indiqué qu'ils ne prendraient pas en charge les dépenses supplémentaires induites par cette nouvelle réglementation, si elle était confirmée. Ainsi, le directeur de l'Institut Curie, estimant que le coût pour son établissement s'élèverait à trois millions d'euros par an, a indiqué que l'établissement ne prendrait pas en charge les traitements dont le mode de prise en charge sera modifié. Alertés, une trentaine d'oncologues ont adressé une lettre ouverte au ministre de la santé afin qu'elle reconsidère son projet.

Le professeur Jean-Yves Pierga, chef du service d'oncologie médicale à l'Institut Curie, signataire de cet appel estime que la réglementation en cours d'élaboration n'est pas dénuée d'une certaine hypocrisie. « Pourquoi ne pas dire carrément qu'il n'y a pas d'indication de ces médicaments. Ce n'est pas une question de remboursement, si on considère que ces médicaments ne sont pas utiles, alors il n'y a pas de raison de leur donner une autorisation de mise sur le marché », analyse-t-il interrogé par le site de France Télévisions.

Le véritable coût de l'innovation

Outre la question de la prise en charge par la solidarité nationale de ces médicaments, la question de leur pri...