Femme enceinte : mesure de la glycémie et risque cardiovasculaire

  • Retnakaran R & al.
  • Lancet Diabetes Endocrinol
  • 27 mars 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude de large envergure suggère que les femmes ayant un résultat d’hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO) anormale durant leur grossesse, sans pour autant avoir un diabète gestationnel (DG), serait plus à risque de développer une maladie cardiovasculaire dans les années qui suivent la grossesse que celles qui ont un test d'HGPO normal.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Depuis 2008, de nombreuses études menées en France, aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Unis, en Israël et en Suède ont rapporté une augmentation du risque de développer une maladie cardiovasculaire dans les années suivant la grossesse en cas de diabète gestationnel, quel que soit le protocole de dépistage utilisé. À partir de là, des chercheurs ont fait l’hypothèse que les risques cardiovasculaires pouvaient s’étendre au-delà des populations ayant reçu le diagnostic de DG, compte tenu de l’hétérogénéité des tests de dépistage utilisés. Ainsi, ils ont cherché à évaluer le risque de développer une maladie cardiovasculaire dans les années qui suivent une grossesse chez des femmes n’ayant pas reçu le diagnostic de DG, mais dont les valeurs glycémiques post-HGPO étaient anormales.

Méthodologie

Cette étude populationnelle rétrospective est basée sur des données de santé publique canadiennes. Toutes les femmes ayant eu une HGPO (50g) entre la 24et 28semaine de grossesse et ayant accouché entre le 1er juillet 2007 et le 31 décembre 2015 ont été incluses dans les analyses. Le protocole de dépistage du DG au Canada est un protocole en deux étapes. Un premier test d’HGPO (50g) est réalisé entre 24 et 28 semaines d’aménorrhée, et une glycémie plasmatique ≥11,1 mmol/L à 1 heure définit un DG. Un second test d’HGPO (75 g) est réalisé chez celles dont la valeur glycémique est comprise entre 7,8 et 11,0 mmol/L, et le DG est défini pour les valeurs suivantes : ≥5,3 mmol/L à jeun, ≥10,6 mmol/L à 1 h, ≥9,0 mmol/L à 2h. Le critère composite principal d’évaluation était constitué des hospitalisations pour IDM, du syndrome coronarien aigu, de l’AVC, du pontage coronarien, de l’intervention coronarienne percutanée et de l’endo-artériectomie carotidienne.

Principaux résultats

Sur les 259.164 femmes éligibles à l’étude, 13.609 (5,3%) avaient un DG. Les résultats d’HGPO augmentaient avec l’âge maternel, une origine ethnique d’Asie du Sud, la vie en milieu rural et la diminution du statut socio-économique. 

  • Au cours du suivi moyen de 3,9 ans, 138 événements cardiovasculaires sont survenus. L’âge moyen à la survenue de l’événement était de 35,8 ans. 
  • Le résultat glycémique 1 heure après le test d’HGPO était positivement associé à la survenue d’évènements cardiovasculaires. Après ajustement sur l’âge, l’origine ethnique, les revenus, la vie en milieu rural, chaque augmentation de la glycémie plasmatique post-HGPO d’1 mmol/L était associée à une augmentation de 13% du risque de pathologie cardiovasculaire (hazard ratio ajusté (HRa) 1,13 [1,04-1,22]). 
  • Cette relation persistait après exclusion des femmes qui avaient un DG (HRa 1,14 [1,01-1,28]).
  • Par rapport aux femmes qui avaient une glycémie plasmatique ≤7,1 mmol/L post-HGPO, celles qui avaient un résultat ≥7,8 mmol/L sans DG, ainsi que celles ayant des résultats entre 7,2 et 7,7 mmol/L avaient également un risque de maladies cardiovasculaires augmenté (respectivement, HR 1,94 [1,29-2,92] et 1,65 [0,92-2,76])

Principales limitations

  • Suivi relativement court.  
  • Absence de mesure systématique des facteurs de risque cardiovasculaire (lipides, pression artérielle).
  • Absence de données sur les antécédents familiaux et les styles de vie (consommation d’alcool, tabagisme, activité physique).