Faut-il (toujours) éviter l’activité physique en cas de pollution atmosphérique ?

  • Fuertes E & al.
  • Environ Int
  • 1 nov. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Pratiquer une activité physique intense améliore la fonction respiratoire des sujets fumeurs, indépendamment du niveau de pollution environnementale. En revanche, si le bénéfice d’une telle activité reste présent pour les sujets non fumeurs, il est réduit chez ceux qui sont soumis à une plus grande pollution atmosphérique. Ces résultats, issus de l’étude prospective européenne ECRHS, suggèrent que le message de santé publique concernant le bénéfice de l’activité physique pour la fonction respiratoire doit être globalement maintenu, bien que certaines précautions doivent être prises pour les sujets non fumeurs.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Les données disponibles sur le sujet suggèrent que l’activité physique améliore la santé respiratoire, notamment chez les fumeurs, sans doute grâce à l’induction d’une activité anti-inflammatoire contrecarrant les méfaits locaux du tabagisme. Il était intéressant d’évaluer dans quelle mesure la pollution atmosphérique peut moduler ce bénéfice à long terme, étant donné que certaines analyses, menées à court terme, ont décrit que la pollution pouvait altérer le bénéfice de l’activité physique parmi des populations d’enfants ou de personnes âgées.

Méthodologie

  • L’étude ECRHS a été lancée entre 1991 et 1993 dans 30 centres issus de 14 pays européens (dont la France) entre 1991 et 1993. Deux suivis de la population recrutée ont été menés en 1999-2003 et 2010-2014. Un bilan médical avec réalisation d’un EFR, des questionnaires complets sur l’hygiène de vie et l’état de santé étaient recueillis au cours de ce suivi.

  • L’analyse a stratifié l’association entre l’activité physique (au moins 2 séances et au moins 1 heure par semaine) et les valeurs obtenues à l’EFR (VEMS et CVF) dans les zones faiblement ou fortement polluées (niveau de pollution annuel moyen relevé au niveau résidentiel ≥ ou ≤ 75e ou 90e percentile par rapport à la moyenne) en fonction du statut tabagique.

Principaux résultats

  • L’analyse a été menée à partir des données de 1.429 personnes n'ayant jamais fumé et 799 fumeurs : l’âge moyen était de 42,1 ans dans les deux groupes, et la taille et le poids étaient de 169,5 cm et 73,2-73,4 kg en moyenne. Seul le ratio H/F était statistiquement différent entre les deux groupes (44,2% d’hommes parmi les non fumeurs vs 51,9%).

  • En utilisant la valeur seuil du 75e percentile, avoir une activité physique était associée à une valeur plus élevée de VEMS et de CVF chez les sujets fumeurs, indépendamment du niveau de pollution locale. Parmi les sujets n’ayant jamais fumé, l’activité physique était associée à une valeur supérieure de CVF lorsque la pollution atmosphérique locale était faible à moyenne (NO2, concentration en particules fines PM2,5 et en PM10), tandis qu’elle était associée à une valeur supérieure de VEMS pour les personnes vivant dans des zones résidentielles peu polluées selon le taux de particules fines PM10.

  • En utilisant la valeur seuil du 90e percentile pour définir les zones de pollution atmosphérique élevée, avoir une activité physique apparaissait négativement associée à la valeur du VEMS et et de la CVF chez les non-fumeurs, sans pour autant atteindre la significativité. Chez les fumeurs, le bénéfice de l’activité physique pour la fonction pulmonaire (notamment la CVF) restait détectable, mais non significative.

Principales limitations

  • La valeur de pollution était une valeur annuelle moyenne, relevée sur le lieu de résidence qui pouvait être différent du lieu d’exercice de l’activité physique.

  • L’activité physique considérée devait être celle menant à un essoufflement ou une transpiration.

Financement

L’étude a reçu des fonds européens.