Faut-il systématiser l’exercice physique chez les hommes placés sous hormonothérapie ?

  • Taaffe DR & al.
  • BJU Int
  • 21 sept. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Une étude randomisée de 1 an, menée auprès d’une cohorte initiale de 106 patients, a permis de montrer l’intérêt de débuter la pratique d’exercices physiques spécifiques dès l’initiation du traitement hormonal pour cancer de la prostate non métastatique : ceux qui en avaient bénéficié immédiatement (3 séances par semaine) présentaient une moindre diminution de la DMO du rachis, de la masse maigre globale, de la densité musculaire et des muscles squelettiques des membres par rapport à ceux qui avaient bénéficié des mêmes séances au bout de 6 mois d’hormonothérapie. Par ailleurs, les gains de masse grasse au niveau du tronc qui sont observés habituellement étaient atténués dans le groupe IM.
  • Certaines limites imposent de prendre ces données avec prudence (cf ci-dessous), mais ces résultats sont intéressants et appellent la réalisation d’un nouvel essai de plus large envergure.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

On sait que la déprivation androgénique a un impact musculo-squelettique non négligeable, avec notamment un risque de fracture ostéoporotique, et une diminution de la masse maigre au profit de la masse grasse. La prise en charge médicamenteuse, tout comme l’activité physique, aident à renverser en partie les conséquences du traitement hormonal, mais la capacité de cette dernière à en prévenir ces effets reste à déterminer. Cette étude est la première à en évaluer le bénéfice versus l’exercice différé.

Méthodologie

  • L’étude a inclus 106 hommes souffrant de cancer de la prostate non métastatique, âgés de 48 à 84 ans, et devant débuter un traitement hormonal prévu pour durer au moins 6 mois. Ils ne devaient pas pratiquer d’exercice régulier depuis au moins 3 mois et devaient être en capacité de suivre les séances d’exercices. Tous recevaient parallèlement un traitement vitamino-calcique.
  • Après stratification sur l’âge et le statut tabagique, les patients étaient randomisés entre le suivi immédiat des séances durant les 6 premiers mois ou entre le suivi retardé des séances sur les 6 derniers mois de l’année de suivi.
  • Les séances étaient suivies 3 fois par semaine en groupe auprès d’un professionnel formé : d’une durée de 60 minutes, elles alternaient des exercices à impact, des exercices aérobiques et des exercices de résistance.

Principaux résultats

  • Les deux groupes étaient comparables à l’inclusion : âge moyen de 68 ans, IMC moyen de 27,9 kg/m², la plupart étant mariés, non-fumeurs et présentaient une ou plusieurs comorbidités.

  • À partir des données DMO à l’inclusion, 20,4 et 30,0% des groupes Immédiat et Retard étaient ostéopéniques, respectivement, et 1,9% et 2,0% d’entre eux étaient ostéoporotiques, sans différence statistique significative.

  • Il y avait un effet de temps significatif sur les différentes mesures de DMO effectuées (corps entier, rachis, hanche) : la DMO du rachis diminuait à 12 mois dans les 2 groupes vs inclusion, mais la DMO du groupe Immédiat était relativement préservée à 6 mois (-0,4 % vs -1,6%). Au total, la perte était de -1,5 et -1,3% dans les deux groupes respectivement sur 12 mois. Parallèlement, la DMO de la hanche était respectivement augmentée de 2,1% et 2,3% dans les groupes Immédiat et Retard à 12 mois, et celle du corps entier de 1,4% dans les deux groupes, sans différence entre les groupes.

  • À 12 mois, la MM avait augmenté de manière comparable dans les deux bras (1,4 et 1,2%), avec toutefois une diminution de -0,8 kg à 6 mois pour le groupe Retard (vs inchangé dans le groupe Immédiat). La cinétique de la masse des muscles squelettiques des membres suivait la même cinétique, mais avec une différence à 12 mois en faveur du groupe Immédiat (1,3 vs 0,8%).

  • Parallèlement, à 6 mois, les valeurs de densité musculaire étaient supérieures dans le groupe Immédiat (vs -1,5 % dans le bras Retard). Enfin, si la MG du tronc augmentait dans les deux bras au cours de l’année de suivi, cette augmentation restait limitée durant les 6 premiers mois dans le groupe Immédiat. À l’inverse, aucune stagnation n’était observée durant les 6 mois suivant dans le groupe Retard.

Principales limitations

Le nombre de participants était limité et certains ont arrêté les séances prescrites ou l’hormonothérapie au cours de l’étude.